QUATRIÈME PARTIE
des Francs, et sur ce pont s'élève la statue de Charlemagne et le fameux coq d'or surmontant la croix de fer; le coq et la
croix, ce double insigne qu" '" ' — '
portait dans les combats.
Francfort est une républiqi tique, une république jut gène serait le très-mal venu. Le pei deux classes. Dans la premièn najres ; dans la seconde, ceux de le devenir. J'y ai parcoun iionnaires,le boulevard des M menade délicieuse, édifiée sur les ruines des anciennes fortifications de la ville.
La Zeil est la rue où s'étalent les boutiques les plus splendides, les plus riches de Francfort ; si ce n'est pas la rue des Millionnaires , c'est du moins celle des millions.
Je lui préfère cependant \aJMdengasse, la rue des Juifs,
sa voisine, une rue de millionnaires encore , mais où les millions se cachent sous des haillons, et d'un petit air piteux semblent demander l'aumône. Autrefois c'était une longue rue noire, étroite, tortueuse i l'air et la lumière y pénétraient à peine; les logis, bas et serrés, semblables à des alvéoles dans une ruche d'abeilles, se pressaient poltronnement comme pour se prêter une assistance mutuelle. Là régnait l'activité de cette forte race indomptée , invincible , endurcie au martyre, qu'une loi stupide, en lui interdisant la propriété du sol et de tous biens immeubles , condamnait à accumuler des trésors et h les cacher; là, chaque maison était à la fois un magasin et une forteresse. L'histoire seule de la Judengasse de Francfort, avec les pillages, les tortures, les meurtres
klk LE CHEMIN DES ÉCOLIERS.
dont elle a été témoin , serait l'histoire entière des Juife au moyen Age et bien plus tard encore. Aujourd'hui, elle est plus large, plus aérée, malgré ses allures encore décrépites et chancelantes. Ce qui me toucha à l'aspect de la Judengasse, c'est qu'elle dut sa transformation aux saintes vertus de la famille , à la religion du souvenir d'une part, à l'amour filial de l'autre. Les quatre Rothschild y sont nés , dans cette maison étroite et longue qui porte le n* i&3. Aussi puissants que des rois, quand ils habitaient des palais à Vienne, à Londres, à Parts, à Francfort, leur mère s'obstinait à rester dans cette bicoque , où elle avait L» jaucngasso auirafuis. fermé les ycux à son père , à son
mari, où quatre fois elle était devenue mère. Ne pouvant vaincre cette humble et tenace résolution , n'osant même toucher à cette relique de bois et de moellons pour la solidifier ou l'embellir, sous peine de profanation, à la digne fille d'Israël ses fils donnèrent la seule chose qu'elle ne put les empêcher de lui donner, de la lumière et de l'espace. Us achetèrent une partie de lame, firent abattre les constructions qui lui faisaient ombre, et trente maisons tombèrent et des sommes énormes furent dépensées pour régaler leur mère d'un rayon de soleil.
Yoilà comment la Judengasse d'aujourd'hui n'est plus tout à fait semblable à celle d'autrefois.
On a assez exalté les vertus des pauvres gens , ma foi t il ne me déplatt pas d'avoir en passant à glorifier celles d'une fomille de millionnaires , à laquelle , du- reste , je m'engage à ne jamais faire un emprunt, engagement que bien des souverains n'oseraient prendre.