‹ Le chemin des écoliersChapitre 195 sur 259 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Tout voyageur en traversant un pays a sa visée qui lui est propre ; le minéralogiste y cherche des roches et des cristallisations; te peintre, des tableaux. Hier, dans ce même compartiment du chemin de fer oh nous étions installés l'un vis-à-vis de l'autre, la belle dame et mof, se trouvait un monsieur à la physionomie grave et méditatrice; je l'aurais pris pour un magistrat. Il paraissait connaître parfaitement le pays; en passant devant Mannheim, je lui demandai ce qu'il y avait de curieux à voir dans cette ville :

> Un orchestre sans

chef d'orchestre, > me La Judenewu aujourdbui.

répondit-il. A la station de Darmstadt , de lui-môme il me renseigna :

< C'est ici que sous la direction de l'abbé Vogler se sont formés les illustres maîtres Weber et Meyerbeer. -

l^videmment , ce prétendu magistrat était un musicien. Quant à moi, poète, botaniste et légendaire, j'avais trois visées différentes, et, k Francfort , toutes trois convergeaient à la fois vers une même individualité, le célèbre Wollgang Gœthe, l'auteur de Werther, de Wilhem Màtter , de Faust , de Goliz de Berlichingen et du Roi des Aunes; tout le monde connaît Gœthe, Gœthe le classique , le romantique , l'olympien , le grec , le pai'en , le Protée ; mais le grand poëte , le grand romancier était aussi

un grand botaniste , ce dont ses nombreux biographes n'ont pas paru se douter.

En 1799 , âgé de quarante et un ans alors , il publia la Métamorphose des Plantes, ouvrage qui devait faire révolution dans la science. Pourtant, à l'époque de sa publication , les savants, à qui il s'adressait spécialement, n'y voulurent voir que l'œuvre d'un poète et détpurnèrent les yeux; les lecteurs ordinaires du poète, l'examinant sous son côté purement littéraire, se dirent tout bas que le grand Wolfgang baissait, et jetèrent le livre loin d'eux. En France, Laurent de Jussieu le ramassa; un demi-siècle plus tard, il servait de point de départ à la Morphologie végétale d'Auguste de Saint-Hilaire.

Voilà comment Goethe m'attirait de trois points à la fois.

Levé de bon matin, je demandai au keller de l'hôtel de m'indiquer la maison de Gœthe. Il me conseilla d'aller plutôt voir celle de M. Bethmann le banquier, celle de M. Rothschild , ou une maison toute neuve qu'on venait de bâtir dans la Zeil ; toutes trois , selon lui , bien plus belles que celle de M. Gœthe, déjà vieille et sentant mauvais, vu son voisinage du marché aux Herbes.

Je me rendis au marché aux Herbes, en décrivant une courbe du côté de la Zeil et delaruedesjuils, et Je m'arrêtai d'abord

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