QUATRIÈME PARTIE
dii-sept au plus. Le beau galant pour une iille m^eure! Il ne faillit pas moins la compromettre et troubler son ménage. De retour à Francfort, de ses désespoirs amoureux il fit un livre; le livre fait, et sa passion étalée sur les pages, comme de la confiture sur des tartines de pain, l'Alsacienne ne figura plus que parmi ses œuvres, en un joli volume relié et doré sur tranche; son amour, c'est comme s'il l'avait inhumé de ses propres mains, après embaumement. Ah 1 la bonne farce I la bonne farce ! *
Et Méphistophélès, pivotant sur sa béquille avec une gambade, fit entendre un petit rire chevrotant. Je tournai les yeux de soncAté; il avait disparu.
D'où était sorti ce béquillard , à qui il ne manquait que des cornes pour avoir l'air d'un vrai diable , car du diable il avait l'esprit et la malice? J'appris d'un voisin que, d'origine française, il se nommait Brion, et n'était rien moins que le petitneveu de la Charlotte de Werther. Je compris alors sa rancune contre MM. Gœthe, père et fils, en sa qualité de neveu et de quasi maréchal ferrant.
Je me présentai à la maison du poëte. La personne qui vint m'en ouvrir la porte, après une profonde révérence, m'invita à repasser dans deux heures , absolument comme à la poste restante. Partout j'étais en avance.
Gagnant une allée d'arbres, qui de la place du Marché s'étend jusqu'au théâtre, el au milieu de laquelle s'élève la statue de Gœthe, je me sentis enlever de terre par Faust
Wolf^ang et par Méphîstophélès Brion. Je songeai à toutes ces touchantes Marguerite qui avaient aimé cet liomme, comme son Faust, moins tourmenté d'amour que du désir de connaître. Je me rappelais les intéressantes conversations que j'a-
vais eues à Paris dans ma petite maison de la rue Vendôme avec M. Henri Blaze et mon aimable et savant ami Sébastien Albin , l'un et l'autre si bien renseignés sur toutes les gloires de l'Allemagne. Goethe n'était ni cruel ni insensible, mais il était le fanatique de l'art ; à l'art il immolait tout. Ses sentiments, .ses passions se transformaient en études philosophiques et littéraires. Il avait besoin d'aimer, mais son amour n'était que l'humble pourvoyeur de son génie; il aimait pour s'écouter souffrir et pour voir souffrir en face de lui ; pour analyser dans une Ame double ces tumultes, ces transitions subites de l'espérance au découragement, de la joie au désespoir. Semblable au sacrificateur antique, c'est dans le