‹ Le chemin des écoliersChapitre 201 sur 259 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

En me quittant , elle me recommanda de visiter les arcliives. Aux archives, je payai d'abord mon droit d'entrée, six kreulzers j j'eus alors l'autorisation d'examiner, è travers un vi-

trage, la célèbre Bulle d'or, < loi fondamentale de l'empire allemand. ■ On eut même la galanterie de m'olTrir un petit papier, représentant, gravé, le sceau de ladite Bulle. Au-dessous

était une note explicative, en français pour les Français^ en allemand pour les Allemands, et au bas de la note, ce mot expressif adressé aux Allemands comme aux Français : 12 kreutxen.

Un employé des archives me lit signe de le suivre. Je le suivis, pensant qu'il allait m'indiquer une porte de sortie; il me mena à la Salle des Élections.

C'est là que se décidait jadis le sort des candidats à l'empire ; c'est là que se tiennent aujourd'hui les séances de la Diète , et celles du sénat de Francfort. Pour le moment, on y faisait des réparations importantes; au lieu- de sénateurs > je n'y vis que des maçons. Il ne m'en fallut pas moins reconnaître ...

J'en avais assez , j'en avais trop de ces contributions successives. Craignant qu'il ne me restât quelque chose à visiter, je faussai brusquement compagnie à mon guide , m'orientant au plus vite vers l'escalier Louis XIII et la grande porte, alors ouverte à deux battants.

Cinq minutes après, je me présentais de nouveau à la poste restante. Une lettre de Brascassin m'y attendait.

Nourelles d'Heidelberg. — Je «ors de la rille avec Mme de X.... — Visite au vieux cimelière. — Chambre des morts. — L'Ariane de Danecicer, — Comme quoi la Vénus de Ifiio n'esi pas une Véous. — Départ de Francrorl.

Tout s'était bien passé à Heidelberg ; le Van Reben s'était adouci; it était redevenu un gentleman; il avait demandé de mes nouvelles, et sans rugir.

Brascassin , qui paraissait le connattre à fond, ne le regardait pas moins comme un homme dangereux, d'une nature perverse. Il terminait en me remerciant d'avoir servi de protecteur à sa belle amie. < Par cet acte chevaleresque, insignifiant en apparence , m'écrivait-il , vous venez d'assurer la réussite de l'événement le plus important de ma vie. ■

Tout en relisant sa lettre, en la commentant, je traversais la place de la Parade pour regagner l'hôtel, lorsqu'une exclamation se &t entendre près de moi. C'était Jean, poursuivant

le cours de ses étonnements successifs ; Jean me regardait avec des yeux démesurés et stupéfaits.

< Mais c'est bien monsieur!... monsieur était donc sorti?... Je viens de me présenter chez monsieur ; monsieur n'y était pas.

— Alors, d'où vient ton étonnement de me trouver dehors? ■

Jean baissa les yeux , et de son air le plus puritain :. < Je croyais monsieur chez madame , » me répondit-il.

Je haussai les épaules et montai dans ma chambre pour y procéder à ma toilette du matin.

J'avais décidé de retourner à Heidelberg, de donner encore cette journée à Antoine pour l'achèvement de ses travaux sur les sept couleurs prismatiques, bien résolu , si ce temps ne lui suffisait pas , à continuer seul ma route vers Paris. Mais pouvais-je quitter Francfort sans prendre congé de Mme de X...?

Ma barbe faite , je me présentai chez elle , et la trouvai en train de déjeuner.

Elle me força de déjeuner avec elle; un tête-à-téte complet; car la kellenerinn chargée de son service n'apparaissait que pour disparaître aussitôt.

« Monsieur Ganaple, me dit Mme de X.... avec le sourire le plus affable , vous voilà quitte de la corvée que M. Brascassin vous a imposée malgré moi , mais qui ne vous en vaudra pas moins ma gratitude et mon amitié bien sincère. Je n'ai plus qu'une heure de route à faire , en plein jour I Je me sens assez brave pour me passer de cavalier.... Et vous, monsieur Canaple, reprit -elle, comptez -vous prolonger votre séjour à Francfort? »

Je lui dis que j'avais déjà parcouru la ville et que deux heures m'avaient sufQ pour passer en revue ce qu'elle offre de plus curieux. Quand je lui eus raconté les diverses stations de ma matinée :

« Mais vous n'avez rien vu, mon cher monsieur 1 rien, absolument rien ! » s'écria-t-elle ; et me montrant une brochure jetée sur un fauteuil : « N'avez-vous donc pas un Joanne^ le guide infaillible pour tout Français qui met le pied en Allemagne? >

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