‹ Le chemin des écoliersChapitre 21 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

sur le tiiéâtre, de forme grecque, je via sii muses dépareillées; à Saint-Thomas, le mausolée du maréchal de Saxe; sur la place Kléber, le vainqueur d'Héliopolis , qui, en sa qualité d'ancien architecte, de l'air un peu matamore qui lui était habituel, semble fulminer contre le peu de symétrie et d'élégance de l'endroit. Dans les marchés, je vis des campagnards avec gilet rouge , culotte courte, petit tablier blanc, et un tiers de leur tricorne abattu sur les yeux ; des campagnardes, en laides chapeaux de paille aplatis et enrubannés, ou nutête et leur chignon traversé par une fli'che d'or. Dans la brasserie, celle du Dtiuphm, la plus célèbre, je bus d'excellente bière, véritable bière de Strasbourg (j'ai tout lieu de le supposer), et j'eus le bonheur d'y rencontrer trois anabaptistes. J'ai un ami anabaptiste; je le croyais seul de son espèce en France.

A huit heures et demie je me persuadai avoit* vu , et bien vu, tout ce que Strasbourg présente de curieux , tant j'avais les pieds endoloris par le pavé.

Je me rendis à la Ville de Paris, du moins à l'hôtel portant ce nom, nom ironique, moqueur, insolent. C'était la seule ville de Paris que je dusse aborder ce jour-là. Mon ingénieur m'y avait donné rendez-vous pour y déjeuner ensemble. En l'attendant, je m'installai dans la salle h manger.

Deux individus y étaient déj^ attablés. Dans l'un je reconnus le nez rouge , le récipiendaire de la veille. II était donc parti d'Épernay en même temps que nous. Je pris d'abord son compagnon pour un second Hollandais; mais il n'avait pas les deux rotules. D'ailleurs son costume annonçait plutôt un sédentaire qu'un voyageur. II portait une chemise non fripée, un gilet blanc qui lui remontait jusqu'aux oreilles, et un superbe habit

bleu barbeau, orné de boutons de cuivre g^iJllochés. Ce n'est point là un costume de touriste. En eflet, j'ai su plus tard qu'il

était Lorrain, que depuis vingt ans il habitait Strasboiu*g, où il professait la géographie et les sciences politiques; ces dernières, le soir seulement, dans les cafés ou dans les brasseries.

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