‹ Le chemin des écoliersChapitre 28 sur 259 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

que m'avait débité mon ingénieur, mais bel et bien, et k ma grande satisfaction, cette anecdote historique que j'avais soup-

çonnée devoir être logée sous le conte. Et tandis qu'il parlait, moi, j'écrivais; je n'écrivais pas à Minorel, je prenais des notes sur Chamillo, ou plutôt sur M. de Chamilly, et la diablerie devenait simplement un chapitre de l'histoire intime du grand roi , oublié par Saint-Simon.

> U. de Louvois, le puissant ministre, avait fait la promesse au marquis de Chamilly, depuis maréchal de France, d'employer prochainement son neveu dans quelque affaire diplomatique de haute importance , qui ne pouvait manquer de le lancer. Chaque jour, le jeune Chamilly se présentait devant le ministre et n'en recevait que celle réponse : « Attendez; je ne « vois pas poindre encore un emploi digne vous. » Las d'attendre toujours, le Jeune homme se désespérait. Vers le milieu de septembre 1681, Louvois lui dit: < Monsieur, te roi vous charge • d'une mission de la plus haute importance, qui demande à

■ la fois célérité el discrétion. Vous allez prendre la poste et

■ vous rendre à Bâle, où vous devrez être arrivé le mardi, < 17 du présent mois; les relais sont préparés; le lendemain.

< mercredi, 18, de midi à 4 heures, en costume qui ne puisse

• attirer l'attention, vous vous tiendrez sur le pont de ladite > ville; vous prendrez rigoureusement note de tout ce qui s'y

• passera, de tout, entendez-vous bien, monsieur, et, eussitdt,

• sans désemparer, vous reviendrez m'instruire du résultat de ■ vos observations. Allez! La façon dont vous vous acquitterez € de ce rôle, tout de confiance, décidera de votre avenir. »

. Le chevalier de Chamilly était sur le pont de Bâle au jour et à l'heure indiqués. II s'attendait à y rencontrer une députation des cantons suisses, le grand landamann en léte. 11 vit passer des charrettes, des villageois, des citadins, qui allaient h leurs aiTaires; des troupeaux de bœufs et de moutons; des gamins qui couraient les uns après les autres; des mendiants, qui,

tour à tour, lui demandèrent l'aumône; il la leur fit à tous, pensant que quelques-uns, agents mystérieux des cantons, pourraient bien être porteurs d'un message secret. Une vieille femme traversa le pont sur un âne rétif, qui la jeta par terre; il releva la vieille femme, ne sachant" trop si cette chute n'était pas une manœuvre diplomatique, et s'il n'allait point trouver en elle le grand landamann travesti; il eut même la pensée de courir après l'âne; mais l'Ane galopait déjà hors des limites assignées au diplomate.

< Le chevalier de Chamilly se damnait pour savoir ce qu'il

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