‹ Le chemin des écoliersChapitre 38 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

son tranquille mouvement de va-et-vient, c'est le tour des ouvriers de se croiser les bras, en attendant que leur approvisionneur de briques ait fait retour vers eux. Il est rare que le jeune manœuvre passe devant la petite fontaine sans s'y désaltérer de nouveau , et pas un reproche ne lui est adressé, pas une parole excitante, pas un geste d'impatience ne le troublent dans son indolence, tant les allures engourdies sont dans les habitudes de tous.

Troisième tableaul Parfois, à la lenteur de l'individu vient s'iyouter la complication des moyens. J'ai déjà parlé du garçon baigneur servant dans son baden, voyons-le portant à domicile.

Une grande voiture s'arrête devant votre logis; vous y voyez figurer douze petits tonneaux, bien bondés. Étranger, français, vous

croyez à l'arrivée du brasseur, avec ,

ses quartauts de bière; mais près des tonneaux est une baignoire : ^

ceci vous éclaire. Le garçon de bain prend d'abord soin de son cheval ; il l'examine ; si la course l'a mis en sueur, il le caparaçonne d'une couverture et l'empanache de quelques branches de feuillage, pour le garantir de l'importunité des mouches. Ces préliminaires indispensables achevés, après une petite causerie avec la servante, votre homme apporte la bmgnoire. Il retourne ensuite à sa voiture, donne h son cheval quelques poignées d'herbes, et, si la maison est hospitalière, il le dételle et le conduit à l'écurie ; car, pour se dispenser d'une course nouvelle, il compte bien attendre que le client ait pris son bain pour ren- i^— .,

trer en possession de sa baignoire. .,— sss^- —

Ceci fait , il se décide enfin à enlever un des petits tonneaux ,

le porte dans votre chambre^ le débonde, ce qui parfois exige du temps, si la bonde résiste; puis il verse le liquide, qui aussi en prend à son aise pour passer de la douve dans la baignoire. Cette opération , interrompue par une nouvelle causerie avec la servante, ou une nouvelle visite au cheval, doit se reproduire douze fois.

Généralement, il en résulte ce petit inconvénient qu'au lieu d'un bain chaud c'est un bain froid que vous prenez. Voilà ce qui m'est arrivé à moi-même ce deuxième jour du mois de mai. Je n'ai pas de bonheur avec messieurs les garçons de bains.

Je ne donne point ici des tableaux de fantaisie, mais des tableaux photographiés sur nature. Patience 1 tel est le mot d'ordre que doit adopter tout Parisien voyageant dans cette partie de l'Allemagne.

J'en ai fini de mes observations ethnologiques. J'emploie ce mot grec avec intention ; il est fort à la mode.

Comme je sortais de mon bain, l'heure du dtner sonnait à ma pension bourgeoise.

A la table d'hôte, je me trouvai avec huit ou dix individus, tous parlant français ou s'évertuant à le parler. La maison ayant pour spécialité d'être le rendez-vous de la langue française, les Français et les Belges y viennent naturellement; quelques Badois se joignent à eux pour y faire des exercices de linguistique ; les domestiques et même la cuisinière jargonnent à l'unisson , ce qui ne laisse pas que d'étonner beaucoup les servantes du voisinage , lesquelles s'imaginent qu'aux maîtres seuls est réservé le droit de se servir de ce noble idiome et que, même en France, tous les domestiques parlent alleniand.

Pendant quelque temps je pris part, et avec plaisir, à la conversation générale. Je me sentais heureux de faire ma partie dans un concert de langue française; je n'y réussis pas trop mal, si j'en juge d'après les coups d'œil approbatife qu'échangeaient entre eux mes nouveaux compagnons, surtout les

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