‹ Le chemin des écoliersChapitre 40 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

à la suivre. Mon bonheur prenait des allures tellement vives que j'en restai interdit. Mes compagnons de table me regardaient, el se regardaient entre eux en clignant de l'œil. Mon visage s'empourpra comme celui d'un écolier A sa première bonne fortune.

L'hôtesse et moi nous entrâmes dans un petit salon attenant k la salle à manger. C'est là qu'elle se tenait d'ordinaire. L'ameublement en était des plus simples; le cadre des plaques à timbre correspondant aux cordons des sonnettes; celui des clefs, rangées par échelons numérotés; quelques registres, alignés sur une planche, en formaient la principale décoration.

Elle tira un registre, l'ouvrit, et me le présenta, en m'indiquant du doigt le bas de la page :

« Monsieur, me dit-elle, voulez- vous bien inscrire votre nom ici, le lieu de votre départ et celui où vous voua rendez. ■

Et, après avoir elle-même trempé une plume dans l'encrier, elle me la présenta. Je pris la plume et restai immobile , sans avoir l'air de comprendre. Ce que je comprenais, c'est que.

d'un mot, elle venait de faire crever toutes les bulles de savon dont ma tête s'était gonflée.

Cette femme n'était plus à mes yeux que la personnification de la police, de l'affreuse police I

Cependant, elle paraissait émue :

« Oh! signez, je vous en prie, » reprit-^lle d'un ton presque suppliant, qui m'étonna.

Ne voyant pas ce que je pouvais gagner à déguiser mon nom, je signai : « Augustin Canaple, propriétaire — venant de Paris — se rendant à Marly-le-Roi. »

Je n'avais pas achevé, qu'abaissant sa jolie tête sur le registre , car elle est un peu myope-.

« M. Canaple!... c'est donc bien lui!... Je ne m'étais pas trompée! s'écria-t-elle avec un éclat de joie.

— Vous me connaissez? lui demandai-je, tout ahuri.

— Si je vous connais?... Et les deux poules! >

Juste l'exclamation du père Ferrière lors de notre dernière rencontre.

C'est que mon hôtesse n'était autre que Thérèse Ferrière, la fille de mon brave bohémien, cette gentille Thérèse à qui je portais des gâteaux lorsqu'elle n'était encore qu'une enfant; cette belle fillette que, douze ans auparavant, j'a- . vais vue débiter ses fleurs devant la maisonnette du Trou- Vassou. Je ne pouvais revenir de ma surprise; c'était Thérèse! Voilà pourquoi il m'avait semblé la reconnaître; mais douze ans, à cet âge,» amènent tant de changements, et de si heureux !

La connaissance renouée, je me souvins alors des dernières questions adressées par moi au père Ferrière à son sujet, et des réponses pleines de réticences de celui-ci. Me posant le plus adroitement, le plus courtoisement possible en juge d'instruction , donnant à ma curiosité une honnête apparence d'intérêt :

s Comment vous trouvez- vous ici? dis-je à Thérèse; êtesvous mariée?

— Non.

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