‹ Le chemin des écoliersChapitre 56 sur 259 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

même est transformé honteusement en gasihaus, en hAtellerie; on y boit, on y mange; l'éternel keller, une serviette sous le bras, s'y promène en criant : « Biftecks aux pommes, pour deux! Saucisses à la choucroute!... > Scélérat!

Ainsi, l'humble nymphe agreste, comme la fîëre châtelaine féodale, ils les ont polluées l'une et l'autre! Celle-ci, à son ciment romain ils ont mêlé leur plâtre et leur torchis; sur sa couronne de créneaux ils ont implanté la branche de pin des cabaretiers. Celle-lii, ils l'ont prise par les cheveux pour lui mettre de fausses tresses; ils l'ont frisée, pommadée, épilée, oubliant que, comme la liberté du poète, la nature est une forte femme, aux puissantes mamelles, non une petite comtesse allemande ou française!

Je me sens aujourd'hui le besoin de laisser crever tous les nuages chairs de ma colère. A Carisruhe, j'ai appris que le petit bois , mon cher petit bois des Chênes , on a le projet d'en faire ce que la ville de Paris a fait de notre bois de Boulogne; les équipages et les cavalcades vont le traverser; on le sablera, tout ainsi que les sentiers d'Alt-Schloss; on l'éclairera au gaz, comme ils ont déjà fait pour Bade; on soumettra à la tonte et à l'émondage ses allées si riantes; on arrachera ses buissons d'églantiers, qui pourraient accrocher la robe des belles dames....

0 belles dames! magiciennes fatales, sur les bords du Rhin comme sur ceux de la Seine, c'est vous qui avez fait tourner la tète de messieurs les conseillers municipaux; ils ne rêvent plus que parcs et rivières factices; grâce à vous, grâce à eux, les amoureux et les poètes, épris de la vraie nature, se verront bientôt forcés de chercher au loin des arbres non transplantés; trop heureux si , même au milieu des campagnes, ils ne rencontrent pas, comme k Sceaux, ces ignobles arbres de Robinson, plus peuplés d'ivrognes que de rossignols!

Marly,mon beau Marly, toi, du moins, tu es resté pur de toutes ces hontes , et les cabarets ne chantent pas sous tes ombrages!... Si j'avais eu le bon esprit de continuer mon paroli sur la noire, je me serais déjà rapproché de toi!

J'épanchais ainsi toutes mes amertumes de joueur désap-

Entnc du vieui cliïl«u, 1 Bad«.

pointé, quand mon jeune attaché de légation, qui avait disparu depuis quelques instants, vint m'annoncer que notre dîner était servi dans la salle des gardes. Je me récriai; je préférais dîner à l'hdtel du Cerf.... Je n'avais pas faim!

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