‹ Le chemin des écoliersChapitre 61 sur 259 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Autrefois, en France, les esprits forts étaient des philosophe» maussades et grognons qui niaient Dieu, la Providence, l'Âme immortelle; aujourd'hui ce sont ceux-là qui affectent un sentiment profondément religieux, mais qui nient l'homme, ne voient dans l'homme qu'un être aveugle , privé de raison , et qu'il faut maintenir tel, pour mieux en tirer parti.

Le ciel nous garde des uns et des autres.

Ce matin , nous nous sommes rendus au Château- Neuf (New

Schloss), qui n'en date pas moins du quinzième siècle, dans sa

partie la plus moderne. Cette résidence grand'ducale domine la Ville. Elle présente deux constructions entées Tune sur l'autre. Celle qui sort de terre , le château par conséquent , n'offre de vraiment intéressant qu'une galerie de tableaux représentant tous les palatins , margraves et grands-ducs des trois branches princières de Bade, tous d'une ressemblance dont je crois pouvoir répondre, et voici sur quoi j'appuie ma conviction. Parmi ces tableaux de famille, il en est un dont le personnage, margrave dans son temps, est, non-seulement armé, lamé, maillé de fer , encasqué et encuirassé des pieds à la tête , mais encore sa visière est abaissée, et lui cache entièrement le visage. J'en conclus que de celui-ci ne possédant pas le portrait exact, notoire , authentique , on n'a pas voulu l'inventer ; donc les autres sont ressemblants.

Nous visitâmes le château rapidement; pour ma part, j'étais, par-dessus tout, désireux de connaître la partie souterraine de l'édifice , immenses et antiques constructions romaines sur lesquelles le Château-Neuf s'est assis.

C'est là, dit-on, que, dans le moyen âge, a siégé le tribunal weimique, ces terribles francs -juges, autrefois la terreur de l'Europe, el, depuis, la cause de tant d*opéras et de mélodrames.

Sous la conduite d'un guide armé d'une torche, nous descendons d'interminables escaliers, quartiers de rocs, à peine reliés entre,eux , usés sous le pas des siècles, chancelant ou glissant sous nos pieds, avec menace de mort au premier faux pas. Quittes de ce danger, nous passons sous dix voûtes énormes, cachots gigantesques , plus tristes , plus désolés , plus funèbres les uns que les autres.

Une porte, faite d'un seul bloc de rocher, se présente. Après de longs efforts, elle s'ouvre, non au moyen d'une clef, bien entendu, mais de leviers puissants que nous aidons à faire mouvoir.

Nous étions dans la grande chambre du tribunal secret. On y voyait encore, sur quelques pierres saillissant du sol, la forme

Page 1