‹ Le chemin des écoliersChapitre 66 sur 259 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

ce fut un martyr, ie martyr de l'art antique au moyen Age, un précurseur de la Renaissance. Que l'histoire recueille son nom!

Quand Jonius sortit de la Trinkhalle, sa dernière goutte de petit lait sur les lèvres, notre savant du Casino en était justement de son récit au moment où les francs-juges y interviennent. Je me gardai de l'interrompre, mais, dès qu'il eut terminé : « Les francs-juges, m'écriai-je avec un regard sarcastique à l'adresse de Junius, ont donc siégé dans ce pays? Ils occupaient donc les souterrains du Château-Xeuf, puisqu'ils ont pu, sous la présidence d'un Kuppenheim , prévôt de Bade, prononcer leur arrêt contre Burkardt Keller et l'exécuterî »

Je le croyais écrasé. Il se recueillit quelques instants, puis, le geste arrondi, s'adressant moins à nioi qu'aux autres, il entama un historique clair et rapide des institutions weimiques, lesquelles, selon lui, avaient, dans leur temps, rendu autant de services à la religion que l'inquisition elle-même, qu'il glorifia en passant. Les francs-juges, puissants surtout en Westphalie , avaient tour à tour résidé à Francfort , à Rastadt, le plus souvent à Bade; mais jamais ils n'avaient tenu leurs séances dans le sous -sol de Neu-Schloss; il le' soutint.

A ma profonde stupéfaction , mes savants du Casino opinèrent pour lui.

J'étais fort humilié. Un autre tableau de la galerie aux légendes aida à me remettre de cette humiliation.

La puissance curative des eaux thermales de Bade ayant été mise en doute par un des nôtres, Junius, baigneur déterminé, et qui d'ailleurs ne perdait jamais une occasion de discourir, se fit le champion de leur efficacité. Par un reste de rancune taquine, je me déclarai contre lui, et trouvai d'assez bons arguments que j'allai chercher je ne sais où, n'étant nullement au courant de la question.

« Vous avez foi aux légendes, me dit Junius d'un air quelque peu goguenard; celle-ci vous répondra pour moi. » Et, du doigt, il m'indiqua un tableau intitulé : Le Baldreit.

Dans le Baldreit, on voit, se disposant à quitter son hôtellerie, un seigneur palatin s'élancer lestement sur son cheval. Encore en bonnet de nuit, l'hôtelier, à sa fenêtre, paraît saisi de stupéfaction; la servante lève les bras au ciel; les valets, terrifiés, font le signe de la croix. De quoi s'agit-il?

Le palatin était atteint d'une paralysie à la jambe; il est venu à Bade; le voilà radicalement guéri.

«L Mais alors, dis-je à Junius, c'est donc un miracle, un fait sans précédents que cette guérison due aux eaux de Bade? Par leur surprise, presque semblable à de l'épouvante, cet hôtelier, cette servante, ces valets témoignent suffisamment n'avoir jamais été témoins, n'avoir môme jamais entendu parler d'un événement semblable. Observez que le Baldreit est le seul tableau de cette galerie dont le programme taise et le nom du héros et la date de l'aventure, ce qui pourrait faire soupçonner cette guérison unique et merveilleuse d'être de pure invention. Mais, vous l'avez dit, je crois aux légendes, aux légendes peintes comme aux légendes orales ou écrites; elles ont toujours pour base une vérité quelconque. Eh bien, demandons d'abord à celle-ci son acte de naissance. La toque à plumes du palatin, comme ses bottes jaunes, nous reportent

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