DEUXIÈME PARTIE
cher, surmonté d'une croix ; c'est le roelur des Béquilles (Krûckenfels).
Sous ce nom devait se cacher une légende; notre cocher, qui nous avait servi de guide, originaire de Geroldsau, la connaJFsait. La voici dans toute sa simplicité : « • Un vieux mendiant, estropié des jambes, appuyé sur ses béquilles, se rendait de Zollsberg, oii il venait de faire sa quête , à Geroldsau , lieu de son habitation . Vers le soir, épuisé de fatigue, il se reposa contre un arbre dans les environs de la cascade , et ne tarda pas à s'y endormir.
■ Quand il se réveilla, la nuit était venue, et sur le rocher, éclairé d'une étrange lueur, une troupe d'hommes et de femmes dansaient en rond. Il pensa d'abord n'avoir devant lui que bâcherons et bûcheronnes, charbonniers et charbonnières de ta forêt, se démenant pour combattre la frakheur de la nuit, et les apostrophant à haute voix , il leur demanda sa route , car un reste de sommeil lui troublait la mémoire.
« Ceux-ci (c'étaient des sorciers), furieux de se voir interrom-
pre au milieu de leurs cérémonies mystérieuses, saisirent aussitôt les manches à balais qui leur avaient servi de monture et se précipitèrent en tumulte sur le profane. Aux manches à balais, le pauvre infirme opposa (Quelques instants une de ses béquilles pour se garantir de leurs coups; mais sa béquille cassa Bien inspiré alors, il demanda aide et assistance au Christ, et ra- , massant un des (ragmants de sa béquille brisée, il le maintint, comme branche de croix, sur son autre béquille, restée intacte.
* Devant cette croix improvisée , les sorciers reculèrent en poussant des cris; notre homme profita de leur mouvement de retraite pour consolider, au moyen d'un brin de genêt, son instrument de délivrance, et, le brandissant devant lui, oubliant que ses jambes étaient incapables de le porter, il poursuivit les fugitifs jusque sur le plateau du rocher, d'oîi ils dégringolèrent tous pèle-mêle , sans avoir eu le temps d'enfourcher leurs manches à balais pour regagner leur domicile.
* Vainqueur et désormais valide, le bon pauvre, en signe de reconnaissance, implanta sa croix aux béquilles sur le rocher,
et reprit la route de Geroldsau d'un pas alerte et les mains dans les poches. >
Nous fîmes de même pour regagner notre voiture, qui nous attendait dans ledit village. Le temps était superbe.
^ Après conseil, il fut dé-
cidé que, consacrant la plus grande partie de la journée à notre promenade, nous pousserions jusqu'au nouvel Ébem-
stein, château historique fort curieux à visiter et des terrasses
duquel la vue est merveilleuse.