‹ Le chemin des écoliersChapitre 8 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

pattes et au bec, mais k la langue et sous l'aile, les reconnaissant jeunes , saines et de race , peut-être aussi tenant compte de l'apparence misérable du vendeur : • Elles valent trente francs pièce,"» lui dis-je.

Mon homme fît un soubresaut; un éclair de joie jaillit de ses yeui , où une larme apparut, et j'entendis un sanglot étouffé sortir de la voiture.

< Pourquoi les vendre si vous y tenez tant ? Cette somme vous est-elle indispensable! je puis vous en Taire l'avance.

— Ah! vous êtes un vrai chrétien, vous! nie répondit le brave Ferrière, en s'essuyant l'œil du bout de sa manche; la femme y tient, c'est vrai; dame! c'est ellg qui les a élevées et presque couvées, monsieur. Les œufs qu'elles nous pondaient faisaient notre régal dans les jours diflîciles; mais, nuit et jour, nous n'avons d'autre logement que notre berlingot; la femme s'apprête à me donner un poupon, et, avant longtemps, il aurait toujours fallu que la jaune et la grise cèdent leur place au berceau de l'enfant. Nous ne pouvons pas tenir tant de monde là dedans. >

Je dus me rendre à cette raison.

Hais, pourquoi ne compléterais-je pas ici l'histoire de mon ami Ferrièreî Elle vaut bien une légende.

Né avec le siècle, dans une famille honorable du département de Seine-et-Marne , Ferrière perdit sa mère de bonne heure. 11 avait dii ans à peine lorsque son père, ruiné par des spéculations malheureuses, après avoir fait argent de tout, alla chercher fortune k l'étranger. Son fils n'entendit plus parler de lui.

Une dame charitable prit en pitié l'enfant abandonné; mais elle le nourrissait mal et le battait parfois. Le jugeant indocile

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et ingrat, elle le lit entrer, en qualité de petit clerc, chez un avoué de Fontenay-Trésigny. Celui-ci, ne lui trouvant pas assez d'orthographe pour l'occuper dans son étude, lui faisait faire ses courses, balayer sa maison et cirer ses bottes.

L'enfant ne manquait ni de bon sens, ni de fierté; il échappa à ses bienfaiteurs, résolu d'embrasser un état qui pût le faire vivre honorablement. Par malheur, tout état demande un apprentissage, et cet apprentissage, il faut le payer. Il dut donc se résigner à ces petits métiers qui s'apprennent du jour au lendemain. Si je devais le suivre à travers toutes ses pérégri-

nations et ses métamorphoses , je le montrerais tour à tour passeur de bac , par intérim , piéton de la poste , comparse et

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