DEUXIÈME PARTIE. Î
J'essayai , c'est le mot. Dormez donc au milieu des cris , des chants, du bruit de la me el de toutes les musiques de l'Allemagne , de la Belgique et de l'Alsace conjurées ensemble 1 Je m'assoupissais un instant pour me réveiller en sursaut, pensant que le feu était à la maison ou que les escaliers s'écroulaient.
A dix heures, le garçon frappa k ma porte. Je me levai, n me conduisit à la station du chemin de fer- le convoi, arrivait. Enfin , je revoyais la France I Avec une rapidité de trente lieues à l'heure la locomotive se dirigeait sur Paris.
A Paris, que de changements depuis mon départ! De nouvelles rues , plus larges que des boulevards , avaient été ouvertes ; tous les chemins de fer se reliaient entre eux et circulaient sur les bas côtés de ces voies gigantesques.
Sans descendre de wagon je pus, du débarcadère de l'Est, gagner l'embarcadère de Saint-Germain et de là Marly*le-Roi. Mais à Marly, pas de station. Entraîné jusqu'à Poissy, sur le chemin dç fer du Nord, du chemin de fer du Nord, avec une rapidité toujours croissante, je rentrais dans celui de l'Est par Charleroi, Luxembourg et Metz; je franchissais de nouveau Strasbourg; le pont d'essai que j'avais naguère traversé, musique en tète, était devenu pont de pierre, pont définitif; il réunissait les deux rives du Rhin; et, le Rhin franchi, deux cavaliers parurent tout à coup, prirent la voie, et dans leur course, non moins rapide que celle du chemin de fer, se tenant à la hauteur du wagon que j'occupais, ils semblaient vouloir me servir d'escorte. Tous deux assis sur un même cheval apocalyptique , étaient vêtus de riches costumes , mais sous leur veste brodée d'or ou de soie le vent s'engouffrait à grand bruit comme dans le vide ; la chair manquait à leurs os, qui cliquetaient à chaque bond de leur coursier.
Le premier, sur son front dénudé, portait une perruque à la Louis XIV, le second, une perruque du temps de la régence. Dans leurs orbites creux une faible lueur, bleuâtre et vacillante, tenait lieu de regard, et à leurs talons osseux étaient vissés de longs éperons terminés par une boule. Plus squelette encore que ses maîtres , le cheval avait toutes ses articulations chevillées de cuivre; à travers l'écartement de ses côtes je voyais dans l'intérieur de son corps décharné fonctionner une petite machine garnie de pistons et de coussins de cuir, que pressaient tour à tour les éperons arrondis des cavaliers. C'était un cheval locomotif, à air comprimé (système Andraud). Ces cavaliers tournèrent la tète vers moi et se nommèrent. Je m'inclinai devant Louis-Guillaume, le vainqueur des Turcs, et