‹ Le chemin des écoliersChapitre 106 sur 245 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

satent entrevoir une succession de petites croupes montagneuses, charmantes sous le soleil, qui les dorait à revers. Dans la nef, dont toute trace architecturale avait disparu, sauf la base de quelques piliers , se carrait le public payant, divisé en deux catégories : la première occupait les banquettes, la seconde se tenait debout sur l'arrière-plan. Je faisais partie de la première, mais entré le dernier, par suite de ma nouvelle et toujours inutile inspection, trouvant les banquettes complètement garnies , je dus me contenter de la seconde.

Le soleil, dans toute sa force, dardait d'aplomb sur notre auditoire en plein air. Les dames des premières ouvrirent non leurs ombrelles , mais les larges parapluies dont elles s'étaient précautionnées en prévision d'un temps pareil à celui de la veille ; les hommes ne tardèrent pas à les imiter. Le résultat de cette exhibition générale fut de masquer complètement l'orchestre et les chœurs pour nous autres de l'arrièregarde. J'en étais fort contrarié ; dans un concert, faute de mieux, la physionomaie des chanteurs m'a souvent diverti.

On avait déjà exécuté l'ouverture de VAntigone de Mendelsohn, un magnifique choral français de Louis Lacombe, puis un certain lou pati, ion pata, qui avait eu les honneurs du bis. J'aurais été ravi si la position verticale, en plein soleil, ne m'était pas devenue insupportable. Je regrettais de plus en plus amèrement la perte de mon parapluie!... Je suis doué de quelque Imaginative heureusement.

En dehors de l'enceinte réservée , sur le rebord formé par ce qui reste des anciens pilastres de Fabbaye, avait poussé un sureau entouré de quelques aliziers. J'esca-

ladai assez lestement le rebord et cherchai un abri sous le sureau. Là du moins j'étais assis et à l'ombre; là, je me disposais à prêter toute mon attention aux mélodies allemandes ou françaises, tout en essayant de crayonner sur mon album les grandes fenêtres ogivales du cloître, quand un nouvel incident vint mettre à néant me^ doubles intentions de dessinateur et de mélomane.

Au-dessous du tertre que j'occupais, sur le monticule formé par les décombres de l'ancien bâtiment, quelques jeunes gens chuchotaient tout bas et semblaient méditer un coup. Du haut de mon belvédère je pus les entrevoir et même reconnaître le principal d'entre eux.

C'était mon élève en pharmacie, celui qui, deux heures auparavant, m'avait envoyé chercher du mouron.

Il tenait dans sa main un petit sac contenant, je pense, un reste de monnaie de cuivre, et il fouillait dans ses poches ; ses compagnons l'imitaient, en ajoutant au sac, les uns quelques piécettes, les autres jusqu'à des demi-florins. Le pharmacien exhiba une poignée d'or; je la vis briller au soleil; il en versa une partie dans le sac, mêla le tout en le secouant, puis chacun d'eux tour à tour y puisa; et du bas du monticule des clameurs ne tardèrent pas à s'élever, se mêlant au bruit de l'orchestre, le dominant parfois, et les luttes recommencèrent parmi les auditeurs non payants de la Musih-Fcst.

Et moi, mieux placé que naguère, je pus contempler à mon aise le spectacle, sans y jouer un rôle. Dieu merci!

Envisagée d'une manière philosophique, la chose

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