‹ Le chemin des écoliersChapitre 116 sur 245 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

a Ta pipe est-elle bourrée ? dit Satan.

— Elle l'est, milord.

— Et comment se sert-on de cet instrument? » Waldhantz lui mit le canon du fusil au bord des

lèvres, non sans trembler un peu, mais plus d'aise que de crainte.

« Tu as ton briquet? allume maintenant. »

Après une prière mentale faite à saint Hubert, le jeune homme pressa la détente. Les échos des montagnes hurlèrent tous sous une effroyable détonation.

Waldhantz était tombé à genoux en pressant contre son front l'image de saint Hubert. Quand il se releva, le diable était encore debout devant lui, clignant de l'œil, hochant la tête, comme quelqu'un pris d'une forte envie d'éternuer.

11 éternua en effet, et, en éternuant, il expectora quelques chevrotines dans un nuage de poudre et de fumée, ce qui parut le soulager beaucoup.

<^- Mille torchons brûlés ! quel mauvais tabac est le lien, mon garçon ! il m.'est tombé dans la gorge. Quand tu viendras me voir aux enfers, ce qui ne peut tarder, je t'en ferai fumer de meilleur.

— Je tâcherai de me dispenser du voyage, milord.

— Bast ! Quel braconnier n'est exposé à tuer son garde forestier un jour ou l'autre, par conséquent à être pendu ! Au revoir donc, Waldhantz. »

A>'aldhantz eut la gloire de la tentative, non celle de la réussite. Cette gloire lui a suffi.

Mais pourquoi Waldhantz appelait-il son terrible interlocuteur milord? Dans la conscience du peuple, peut-être le diable a-t-il le droit de siéger à la chambre haute du parlement anglais.

Je ne puis m'expliquer la chose autrement.

Le soleil comnençait à jeter sur les collines des regards obliques. Armés de bâtons ferrés (pour la première fois cette arme du franchisseur de montagnes se trouvait entre mes mains) et accompagnés d'un guide, nous nous dirigions vers le Mumel-See, en suivant les bords du ruisseau qui en descend.

J'avais projeté d'accoster Brascassin durant la route; mais la montée, rude et longue, interdisait la causerie. Quoique m'appuyant sur le bras du guide, je haletais et, pour comble d'humiliation, tandis que je gravissais péniblement le terrain, je voyais au-dessus de moi, sautant d'un roc à l'autre en me lançanl, de haut son coup d'œil goguenard, M. de La Fléchelle devancer toute la bande. On eût dit d'un Tit^n escaladant les montagnes.

Baldaboche lui-miéme, malgré ses jambes interminables, le suivait à grand'peine. Un instant je fus sur le point de confesser la science homœopathico-magnético-végétaie.

Le Mumel-See ne mérite guère tout le bien qu'on a dit de lui et tout le mal que nous nous étions donné pour lui faire notre visite. Mieux aurait valu mille fois lui envoyer simplement notre carte.

Une grande cuve creusée dans la profondeur des vallées, sans cesse noircie par l'ombre des hautes cimes et des noires sapinières qui l'entourent; un terrain aride, dénudé, parsemé çà et là de quelques arbres échevelés, tordus par lèvent; des eaux stagnantes, à reflets plombés, où pas un nénufar ne s'étale, où les oiseaux aquatiques eux-mêmes évitent de venir tremper le bout de leurs ailes, où nul poisson ne peut vivre: voilà le fameux lac des Fées!

Nous nous étions groupés sur un tertre, auprès de

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