‹ Le chemin des écoliersChapitre 117 sur 245 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

cette miniature grotesque de la mer Morte, de cette immense grenouillère , pour laquelle nous nous étions détournés d'Achern et avions entrepris un voyage.

o: Oh ! m'écriai-je sous l'empire d'un souvenir récent, cela ne vaut pas les cascades d'Aller-Heiligen î

— Qui ne sont pas déjà si merveilleuses ! » dit La Fléchelle avec son rire narquois.

Et il ajouta, en se tournant vers moi :

ff Cher morrsieur, vous revenez peut-être de Pontoise, mais, à coup sûr, vous ne revenez pas comme nous de Schafïbuse. La chute du Rhin, voilà qui est beau!

— Après le Staubach à Lauterbrunn, » dit l'orphéoniste qui déjà nous avait entretenus de ses explorations en Suisse, d'où il avait rapporté, outre une foule d'histoires invraisemblables, divers ranz des vaches et de précieux gargouillis tyroliens.

« Fi du Staubach ! répliqua La Fléchelle ; un mince filet d'eau, de haute taille , c'est vrai , mais qui n'arrive pas même à vous défriser les cheveux ; c'est une cascade poitrinaire.

— Moi, dit un des deux naturels d'Épernay, comme Athanase je viens de voir la chute du Rhin ; comme monsieur de l'orphéon, j'ai vu le Staubach à Lauterbrunn'; tout aussi bien que M. Canaple, j'ai, ce matin, longé l'Aller-Heiligen ; tout cela est assez gentil, mais autrefois, en Egypte, avec mon père, alors au service de Méhémet-Ali, j'ai visité les cataractes du Nil. Après les cataractes du Nil, messieurs, il faut tirer le rideau : ce sont les plus belles cascades du monde.

— Oh ! fit Baldaboche. qui jusqu'alors n'avait pas été prodigue de ses paroles, les cascades du Niagara

sont encore pieu meilleures ; je rai entendu raconter dans des livres de voyaches. »

Devant les cascades du Niagara chacun courba le front ; le premier prix de cascades leur fut décerné à l'unanimité, et, pour ma part, je me sentis un peu honteux de mon admiration de Parisien pour celles d'Aller-Heiligen.

Brascassin n'avait pas pris part à la discussion. Son chapeau abaissé sur ses yeux, il restait muet, appuyé des deux coudes contre le talus qui nous servait de dossier.

« Ce que je trouve de vraiment choli et même de pien peau dans ce pays, reprit l'homœopathe, encouragé par son succès, savez-vous quoi ? c'est les montagnes.

— Allons donc! mesquines! mesquines! lui répliqua un autre ; elles sont à peine à la hauteur des puys de l'Auvergne; tenez, voyez d'ici, à l'horizon, les ballons des Vosges; pour moi, je les préfère.

— Vous n'avez jamais vu les Pyrénées ? dit un troisième ; le cirque de Gavarnie, à la bonne heure ! Vive le cirque de Gavarnie !

— Que direz-vous donc des Alpes, messieurs? objecta l'orphéoniste, qui s'était donné pour mission de soutenir la cause sainte de l'Helvétie. Les Alpes ne feraient qu'une bouchée de vos puys d'Auvergne, de vos ballons des Vosges et de vos montagnes des Pyrénées, en y mettant celles de la forêt Noire conmie assaisonnement.

— Oui, très-bien, accordé! riposta La Fléchelle. Vive la vieille Helvétie, sa liberté, ses fromages et sa Yungfrau ! Il paraît cependant que vos Alpes ne sont que des mottes de terre assez bien venues, si on les corn-

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