QUATRIÈME PARTIE
Historique de la ville (I'Heidelberg. — Historique de mon vieux Jean et de Madeleine . ma cuisinière. — Wolfsbrunnen. — La fontaine de la Louve. — Rencontre avec un Éco'ier. — Molkenkur (la cure au petit-lait). — Une vision.
Je crois devoir sans plus tarder prévenir une erreur grave que pourrait causer l'étymologie du mot « Heidelberg. » Ce mot s'applique à l'emplacement du vieux château bien plus qu'à celui de la ville. La ville d'Heidelberg, quoi qu'en dise sa douce a^ipellation de montagne aux Myrtilles, n'est point située sur une hauteur; elle s'enfonce, au contraire, dans une étroite vallée creusée par le Decker entre le gigantesque Kœnigstuhl et la montagne de tous les Saints (Heiligenberg), qui lui fait face de l'autre côté du fleuve.
Peu de temps après l'ère chrétienne, les Romains, maîtres de la Germanie , avaient visité les bords du Necker, portant d'une main un épi de blé, de l'autre un cep de vigne. Sur les collines, rameaux inférieurs de Kœnigstuhl, ils avaient trouvé de pauvres patres conduisant de maigres troupeaux; dans la vallée , de misérables pécheurs se nourrissant moins de poissons que de galette de sarrasin : de la plupart ils firent des laboureurs et des vignerons. Avec le vin, avec le blé, la vie facile, l'abondance, le commerce y étaient nés. Vers le troisième sircle, les Romains, qui colonisaient le monde au bénéfice de tous, peu semblables, sous ce rapport, à certaine
autre nation colonisatrice , avaient , en faveur de ce commerce naissant, dépierré le Necker, l'avaient endigué, rendu navigable. Sur ses bords, ils élevaient des retranchements; sur les montagnes qui Tavoisinentjdes forts, pour protéger les vallées contre les invasions de ces terribles Allamanni, aujourd'hui refoules dans les profondeurs de la forêt Noire sous forme de bouviers, de charbonniers, de bûcherons, de fabricants d'horloges en bois et de boîtes à musique.
Les cabanes des vignerons et celles des laboureurs se rapprochaient l'une de l'autre; Heidelberg était là en germe.
Au neuvième siècle, c'était un village carlovingien, que traversa le roi des Français, Louis le Débonnaire; au douzième, Conrad de Hohenstaufen , premier comte palatin du Rhin, s'y créa une résidence. Louis de Bavière vint plus tard, qui l'agrandit et l'embellit. De ce moment, Heidelberg fut la capi- ^ taie du Palatinat. Aujourd'hui, elle n'est comptm qu'au troisième rang parmi les villes du grand-duché; mais combien par la splendeur de ses souvenirs, par sa science, par ses monuments, par ses ruines même, elle eiïace ses deux pâles et fastidieuses compétitrices, Mannheim et Carlsruhe!
C'est en 1803 qu'Heidelberg , avec le Palatinat du Rhin , devint partie intégrante des États badois.
Junlus, de qui je tiens ces détails, ainsi que bien d'autres qui viendront à leur place, pendant ses longues résidences dans ce pays, en a sérieusement étudié l'histoire et la topographie, tout en prenant son petit-lait.