‹ Le chemin des écoliersChapitre 150 sur 245 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Heiligeii elles-mêmes. C'est tout ce que je puis dire de plus fort en leur honneur.

Un homme debout, dans l'exercice de ses facultés puissantes, n'attire pas notre intérêt comme l'homme abattu qui ne doit point se relever. C'est le même sentiment qui prête aux ruines un attrait tout particulier. On se plaît à les reconstruire dans leur ensemble, en donnant à cet ensemble des proportions, une majesté, qu'il n'a jamais eues peutêtre. D'un autre côté, elles éveillent la pitié, le regret; elles parlent au cœur, elles l'émeuvent plus que ne pourrait jamais faire l'édifice le plus remarquable, le plus gigantesque, s'il est intact et bien portant.

Ce qui ajoutait à mon émotion et la rendait plus vive, c'était l'idée qu'un roi de France avait eu la pensée de ce désastre, et qu'un illustre général français l'avait consommé.

Roi Louis XIV, vous n'avez pas encore assez saccagé Heidelberg ! Il a grandi, il s'est accru de tout le terrain conquis par ses ruines, et votre Versailles n'offre pas l'aspect grandiose et saisissant de ces restes de palais, qui ne sont plus rien, que des merveilles de l'art!

Tandis qu'en moi-même je fulminais cette sorte de prosopopée, nous arrivions sur la grande terrasse, d'oi!i l'on jouit d'une vue immense sur les vallées du Necker et sur celles du Rhin. Junius, notre précieux cicérone, essayait de détourner nos regards d'Heidelbergle château, pour les reporter sur Heidelberg la ville, étalée au-dessous de nous avec ses rues tortueuses, bordées de boutiques; il nous montrait l'église Saint-Pierre, où Jérôme de Prague prêcha la réforme

naissante, et le fameux pont de sept cents pieds de longueur....

Antoine Técoutait les yeux en l'air, en fumant une cigarette; moi, les yeux fermés; Je méditais sur une découverte historique que je venais de faire à l'instant même, par le seul rapprochement de deux mois.

Interrompant brusquement Junius au milieu de sa description :

« Savez-vous, lui dis-je, quelle est la cause vraie, la cause unique, la cause patente de la destruction du château d'Heidelberg ? ^

Surpris de l'apostrophe, et surtout du ton assuré, ton qui ne m'était guère habituel , que je prenais en la lui lançant, Junius laissa là Jérôme de Prague et le fameux pont de sept cents pieds, fit un demi-tour de mon côté, rajusta sa cravate blanche, et, après avoir fermé les yeux à son tour :

« La question est grave, dit-il. Quelle est, demandez-vous, la cause vraie de la destruction d'Heidelberg?

— Du château spécialement !

— Mais.... la politique.... peut-être la religion....

— Vous n'y êtes pas ! Ce ne fut ni le dévot ni le politique qui consomma cette œuvre de vandalisme , ce fut le constructeur. Louis XIV achevait Versailles; il venait de disgracier son surintendant Fouquet, vu les magnilicences ultra-royales du château de Vaux; dans le château d'Heidelberg Versailles avait un rival bien autrement redoutable. De là, l'ordre d'extermination. Voilà la cause, la cause vraie, la cause patente!...

— Permettez, permettez....

— Bravo ! Augustin , » cria Antoine de sa grosse

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