‹ Le chemin des écoliersChapitre 151 sur 245 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

voix ; et jetant le bout de sa cigarette dans un fossé où d'autres débris plus importants se trouvaient déjà amoncelés : « Oui, Augustin a raison; le saccage fut un fait odieux émanant de la volonté personnelle du roi; en voici la preuve, la preuve irrécusable aux yeux de tout vrai numismate. Au recto de la médaille déjà. citée par moi, on voit le château d'Heidelberg dévoré par les flammes, et l'exergue porte cette phrase latine, toujours du même poëte Boileau :

Rex dixit et factum est.

De quoi les poètes se mêlent-ils? Mais pourquoi le château en flammes est-il représenté là comme l'emblème du Palatinat? Pourquoi n'est-ce point Mannheim, sa capitale? Je suis de l'avis d'Augustin; le château d'Heidelberg a été otlert en immolation au château de Versailles, et c'est à Versailles que son arrêt de mort fut signé ! »

Junius n'était pas homme à rester court devant une médaille. Il aimait Louis Xl\ jusque dans ses verrues, comme Montaigne aimait Paris. Il le défendit; nous ripostâmes ; Antoine s'emporta jusqu'à traiter le grand roi de drôle, ce qui, je l'avoue, me parut passer les bornes; mais mon cher Antoine, le plus inoffensif des êtres, est généralement d'une grande sévérité envers les rois, comme envers ses amis, du reste.

Soit un effet de ses cures au petit -lait et au jus d'herbes, soit qu'aimant la discussion il la voie venir avec plus de calme , Junius garda mieux son sangfroid. Quand il nous eut laissé jeter notre feu sur Louis XIV, sur Louvois et même sur Turenne, l'incendiaire du Palatinat :

c^ Messieurs, nous dit-il, de grâce, n'aidons pas l'étranger à calomnier notre pays, comme l'ont fait étourdiment, je veux le croire, tous les auteurs des guides et des itinéraires de Bade et des bords du Rhin. Sans se donner la peine de recourir aux sources historiques, ils ont répété, ils ont amplifié même, sous couleur de philanthropie, les malédictions que les Allemands seuls, comme vaincus, comme victimes, si vous voulez, avaient le droit de proférer contre la France. Aussi sincèrement qu'un autre, je déplore les excès commis ; mais ces excès n'ont-ils été motivés que par une fantaisie belliqueuse ? La courtisanerie d'un ministre essayait- elle par cette guerre, comme on l'a dit, de distraire le roi de son oisiveté? Le roi n'était pas oisif alors, messieurs; une ligue formidable le menaçait, et l'électeur palatin, Charles -Louis, qui lui devait tant, après lui avoir promis son aUiance, passait du côté de l'Empereur. De là , première invasion du Palatinat. Invasion légitimée par les circonstances, par la nécessité poliiique. J'ai d'abord prononcé je crois le mot religion. Je ne le retire pas, messieurs. La réforme se propageait dans le Palatinat, gagnait Bade. Si elle atteignait Strasbourg, c'en était fait pour la France de sa récente et précieuse conquête. Il était temps que la voix du canon fît taire celle du prêcheur et prouvât à Charles-Louis qu'on ne se joue pas impunément de la France. Et de quel côté se manifestèrent d'abord les excès ? Ce ne fut pas du nôtre, messieurs ! Les paysans avaient traqué quelques faibles détachements de nos soldats, égarés dans les montagnes; de leurs prisonniers, les uns, égorgés par eux sur-le-champ, furent les moins à plaindre ; les autres, mutilés, crucifiés, suspendus aux arbres,

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