‹ Le chemin des écoliersChapitre 165 sur 245 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

» Vos prédictions n'ont pas toujours été exactes, lui dit Frédéric en l'abordant; mon mariage avec la princesse est à jamais rompu !

— Je le sais; après un parfait accueil, elle a refusé l'offre de votre main, dès que vous-même lui avez appris que votre neveu Philippe doit vous succéder au trône des palatins. Elle n'a pas voulu pour mari d'un souverain en viager.

— Ne m'aviez-vous pas affirmé qu'avant quatre mois j'aurais pris femme ?

— Oui ! sans prononcer un nom toutefois ! Monseigneur, huit jours vous restent encore! Donnez à la prédiction le temps de s'accomplir. Au surplus, votre but principal n'a-t-il pas été atteint? Le démon du suicide a cessé de vous harceler ; Claire vous aime enfin !

— Oui , dit le prince , et vous qui savez tant de choses, Siegfried, me direz -vous pourquoi cette fille, restée de glace sous mes propos d^amour, s'est éprise tout à coup alors que je ne songeais plus à elle ?

— A elle vous songiez, monseigneur, quand vous entouriez de bandelettes son bras saignant. Maintenant, vous pouvez ordonner ; avec joie elle va mourir pour vous !

— Malédiction sur ma tête s'il en était ainsi ! s'écria Frédéric. Ignorez-vous donc que je lui dois la liberté , la vie peut-être ?

— La vie, vous ne la lui devrez qu'après son sacrifice accompli. Le démon qui est en elle maintenant peut revenir en vous!

— Eh ! que m'importe? Pour moi est-il si doux de vivre ? Mes victoires n'ont fait qu'attirer sur mes peuples les angoisses de la faim et de la misère ! au

milieu de mes désillusions de toutes sortes , une femme, une seule, m'est venue en aide par son affection , et il faut qu'elle meure ! et qu'elle meure sur mon ordre !

— Oui, monseigneur, il le faut.

— Moine , est-ce au nom de Dieu que tu viens de parler ?

— C'est au nom du pays , c'est au nom du devoir ! Le pain est rare dans le Palatinat. Vivez pour réparer les désastres de la guerre. Tous étiez le Victorieux, devenez le Nourricier ! »

Deux jours après, le bruit se répandit qu'une jeune tille, pour l'accomplissement d'un vœu, devait chercher une mort volontaire dans un des gouffres du Rhin, et de tous côtés la foule accourut pour participer à l'émotion du spectacle.

Au moment de faire le sacrifice de sa vie, Glaire demanda à se confesser au curé de Tettingen; il l'avait connue enfant ; elle demanda aussi que son corps, retiré des eaux, fût rendu à la terre; elle exigea même que , devant elle , fût creusée la fosse où elle devait reposer jusqu'au jugement dernier. Ces tristes préparatifs achevés, elle fit ses adieux à la foule qui l'entourait, et, au milieu des cris et des sanglots de la multitude, sous les bénédictions du prêtre, elle se précipita dans le gouffre.

Durant quelques instants, on entendit la victime jeter, de vague en vague, le nom de Jésus et un autre nom, celui de sa mère sans doute. Elle disparut comme elle approchait de quelques bateaux, qui, en aval, barraient le fleuve. De l'un de ces bateaux un homme s'élança, qui plongea à plusieurs reprises. On supposa une tentative de sauvetage, qui fut gé-

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