‹ Le chemin des écoliersChapitre 166 sur 245 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

iiéralenient désapprouvée, puisqu'il s'agissait de l'accomplissement d'un vœu, d'une expiation volontaire, à laquelle les autorités du pays avaient donné leur assentiment. Des murmures s'élevaient déjà parmi cette foule, encore attendrie cependant; quelques gens plus rassis , ou mieux renseignés , firent observer qu'on était à la recherche du corps , pour le rendre à la terre, ainsi qu'il avait été dit.

Au château d'Heidelberg, dans la journée du lendemain, par un brillant soleil d'automne, sur l'invitation du prince, un grand repas réunissait les plus illustres de ses prisonniers, Ulric, duc de Wurtemberg, le margrave Charles de Bade, Georges de Bade, son frère, évêque de Metz ; le duc des Deux-Ponts, Louis le Noir ; et dix autres, ainsi qu'eux vaincus et faits captifs à Seckenheim. Il s'agissait de régler les conditions de leur mise en liberté.

Soumis depuis longtemps à un dur régime alimentaire, les nobles convives s'ébaudissaient en prenant place à ce festin, auquel rien ne devait manquer. Ils le pensaient du moins. Cependant, dès le début du repas, quelques-uns parmi eux, agitant leur tète de droite et de gauche, semblaient à la recherche de certaine chose qui leur faisait défaut ; ils en rirent d'abord, tout en s'en communiquant l'observation entre eux, à voix basse. Plusieurs, élevant la voix, s'adressèrent aux officiers de service, qui ne bougèrent pas. Un des plus impatients (c'était Louis le Noir) saisit un valet au passage et lui formula sa demande, tout en le secouant avec rudesse. Le valet se dégagea, et on ne le revit plus.

Alors une clameur unanime, retentissante, fit le tpur de la table: « Du pain ! du pain! du pain! »

Tour à tour, chaque convive apostropha Frédéric, lui demandant si dans son pays ii était d'usage de se passer de pain.

a Dans mon pays, messires, leur dit Frédéric d'une voix sombre, vos hommes ont si bien pillé les réserves, si cruellement maltraité la terre sur laquelle achevait de mûrir la moisson, que le pain manque à tous. 11 manquera même pour vous aujourd'hui, messires. Que ce repas sans pain vous reste en mémoire, pour vous rappeler les souffrances, les misères dont vous êtes la cause! Ces souffrances, j'aurais pu, j'aurais dû peut-être, vous les faire durement expier ; car, sachez-le, la femme aimée dont j'ai résolu de faire ma compagne, celle qui, ce matin même, vient de recevoir mon anneau de fiançailles, elle a failli, par votre fait, mourir faute d'un morceau de pain! Rassurez-vous, messires, ajouta Frédéric d'un ton tout à coup radouci; pour le moment j'ai de plus douces visées, et ne songe qu'à vous présenter la future souveraine du Palatinat. »

Sur un geste du prince, les portes s'ouvrirent ; Glaire, en riches habits, mais pâle encore de tant d'épreuves subies, entra dans la salle, appu^^ée sur deux dames d'honneur.

Déjà mortifiés de la leçon, les captifs se regardaient entre eux d'un air ironique, se demandant quelle était cette étrangère appelée à de si hautes destinées. Le plus arrogant de la bande, Louis le Noir, prit la parole, et s'adressantà Frédéric, le sourire aux lèvres et le poing sur la hanche :

a Beau cousin, lui dit-il, en qualité de parent, puis-je savoir de quelle famille princière est issut^

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