‹ Le chemin des écoliersChapitre 178 sur 245 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

geais au Yankee , tous deux peut-être aux prises en ce moment.

Tandis que Jean restait en extase devant une grande volière où des oiseaux de toutes sortes, perchés sur des branches, jetaient l'eau par leur bec entr'ouvert, dirigeant leur commune aspersion contre un énorme hibou, qui, ramassé sur lui-même au milieu d'un bassin, leur renvoyait, de bas en haut, tout autant de liquide qu'il en recevait d'eux de haut en bas, j'étais entré dans une charmante habitation, située du m.ême côté, et appelée, je crois, la Maison des Bains. J'en franchissais le péristyle, lorsque j'entendis une exclamation ; un homme se dirigeait de mon côté, la figure rayonnante et la main tendue. Cet homme, c'était Brascassin !

Je fis un mouvement de surprise et même de recul. Je m.e rappelais ses torts à mon égard, notre égarement prémédité à travers la forêt Noire.

ce Cher monsieur Canaple, me dit-il, mille lois soit bénie cette rencontre; j'ai un grand service à vous demander. Le temps me presse; voici le fait. Je viens d'arriver ici avec une jeune dame, laquelle se dispose à se rendre ce soir même à Francfort. Elle ne peut convenablement voyager seule, surtout la nuit, cela est impossible. Quant à moi, une affaire importante , très-importante ! me rappelle à Heidelberg.... Vous avez sans doute l'intention de visiter Francfort? »

Et, sans plus de façon, Brascassin me proposa de devenir le cavalier servant de sa dame, une dame fort honorable, disait- il. Sur ce dernier point, je doutais fort. Dans ma conviction , son honorable compagne, c'était Thérèse, Thérèse qu'il voulait mo-

mentanément coniier à ma garde. Cette idée me révoltait; quel rôle prétendait-il donc me faire jouer? Tandis qu'il parlait, un refus net, formel, brutal, me montait aux lèvres ; et cependant déjà ma main avait pressé la sienne et, sous l'empire d'une seule pensée, mon refus brutal se métamorphosait en une acceptation complète.

C'est que je voyais en Brascassin le vainqueur du farouche A'an Pveben; c'est que moi aussi j'allais avoir un service à lui demander; il retournait à Heidelberg, il fallait qu'il me répondît de la sûreté d'Antoine. Puis, qui sait? grâce à mon intervention providentielle, peut-être la fille de mon ami Ferrière pouvaitelle encore être sauvée!... Enfin, Tavouerai-je? à ces idées généreuses s'en mêlait une d'un ordre moins élevé. Pendant la route, Thérèse ne pouvait manquer de me prendre pour confident, et tous les mystères de la maison Lebel allaient se dévoiler pour moi.

Nos propositions mutuelles faites et acceptées, solennellement ratifiées par une nouvelle poignée de main, une femme charmante, en élégant costume de voyage, entra dans la pièce où nous nous tenions. J'avais peine à en croire mes yeux; c'était la belle personne que, du haut de l'Observatoire de Gespell, quelques heures auparavant, j'avais vue se promener sur les pelouses de Neuberg. A ma surprise de la retrouver à Schwetzingen, une bien autre surprise devait s'ajouter : Brascassin alla à sa rencontre -et me présenta à elle en qualité de son futur compagnon de voyage jusqu'à Francfort.

Toutes mes suppositions sur Thérèse étaient à vaul'eau. Moi, par excellence, l'homme timide et maladroit avec les femmes, je m'étais fait le vassal, le

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