‹ Le chemin des écoliersChapitre 179 sur 245 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

guide, le protecteur de cette imposante étrangère, que je n'avais jamais aperçue qu'à travers un télescope. Ahl si j'avais pu rétracter mon engagement 1... Il n'était plus temps. L'heure pressait; pour commencer mon rôle de cavalier servant, je dus offrir mon bras à la belle dame.

Nous descendions les quelques marches d'un portique corinthien pour regagner le parc, quand je vis devant moi un homme pétriiié, la bouche grande ouverte et les bras étendus en croix. C'était mon vieux Jean. Je lui fis signe de nous suivre; il nous suivit, mais de loin, et me voyant monter en voiture avec l'étrangère, le front chargé de nuages, il prit place auprès du cocher.

A la station du chemin de fer, peu soucieux de notre compagnie, il se casa dans un wagon de seconde classe.

Vers neuf heures du soir, ma jolie compagne et moi nous faisions notre entrée à Francfort par la porte du Taunus, et nous installions dans un même hôtel, sur la place de la Parade.

Ainsi se termma cette longue journée aux aventures. Mais de nouveau j'avais perdu la confiance de Jean; de nouveau il me voyait replongé dans des intrigues de femmes, et cette fois il ne m'était plus permis de le désabuser i C'était le secret de Brascassin, non le mien; si peu le mien, qu'à ce secret je ne comprenais rien encore.

Francfort. — Le gué des Francs. — Hans du Sansonnet. — Les millionnaires. — La Judengasse. — La mère des quatre Rothschild. — La maison de Gœthe. — Rencontre avec Méphistophélès. — Lili et Betlina. — Visite au Rœmer.

Vers la fin du huitième siècle, par une belle et fraîche matinée de juin, un jeune garçon, sabotier de son état, pour le moment oiseleur par amour, avait étendu ses filets et fixé ses gluaux le long de la rive droite du Mein. En face de lui, de l'autre cùté de la rivière, s'étendait cette immense forêt hercynienne dont la traversée, au dire de César, exigeait soixante journées de marche. Abrité derrière une roche, notre adolescent sifflait, pipait, imitant de son mieux le chant des oiseaux qu'il espérait attirer dans ses pièges, soit de la plaine, soit de la forêt. A sa blonde fiancée il avait promis de rapporter un rossignol, ou tout au mioins un sansonnet. Mais rien ne répondait à ses appels. Il s'étonnait, il s'irritait de ce silence complet, continu, inaccoutumé, quand un léger gazouillis s'éleva des buissons de la plaine et des roseaux du fleuve. A ce gazouillis, des lisières de la forêt répondit le roucoulement des ramiers ; notre oiseleur se frotta les mains; mais au chant des oiseaux venait de succéder un bruit sourd et profond, semblable à celui que fait le vent s'engouffrant dans les hautes futaies. Cependant pas une feuille ne bougeait aux arbres. Sous les buissons comme sous les

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