‹ Le chemin des écoliersChapitre 209 sur 245 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

«< Cher monsieur, me dit celui-ci après une dernière et chaleureuse pression de main, croyez-moi votre ami, et.... embrassez mes filles! »

Je les embrassai.

Ah! si je n'avais eu que vingt-cinq ans!... trente ans même!... peut-être n'aurais-je pas quitté Stolzenfels!

A vrai dire, comme femme, Mme de X.... m'aurait mieux convenu suus certains rapports ; d'abord, son âge, son expérience du monde, ses connaissances.... Mais à quoi vais-je songer? Mme de X..., pas plus que Mlle Gretel, pas plus que Mile Julie, ne peut devenir ma compagne; Brascassin s'y oppose; à cause de Brascassin, je mourrai garçon, et en puissance de cuisinière, avec menace de divorce en perspective!

Combien ils se trompent ceux-là qui croient le mariage un tourment seulement pour les gens mariés ! il en est bien plus un pour les célibataires ; pour les vieux célibataires, surtout! Le mariage est tour à tour leur épouvante et leur aspiration, tour à tour leur pôle positif et leur pôle négatif; il les attire, il les repousse; c'est leur rêve du matin, leur cauchemar du soir, leur doute, leur rearet, leur vision incessante. A trente ans, lorsque l'idée du conjungo me passait par la tête, je me disais : « Jl est trop tard! « à quarante ans : a Ah! si je n'avais que trente ans! A la bonne heure I c'est l'âge voulu pour devenir chef de famille. » Aujourd'hui, j'essaye parfois de me prouver qu'un homme de quarante ans est un jeune homme, qu'il peut voir sa fille mariée, et faire sauter un jour ses petits-enfants sur ses genoux; mais j'en ai cinquante! je ne les avoue pas, mais je les ail... Quand je serai sexagénaire, peut-être regretterai-je

de n'avoir pas profité du moment où je n'avais encore que cinquante ans pour me créer un intérieur, un entourage, un nid. Ainsi, d'étage en étage, le mariage poursuit le célibataire, toujours insaisissable en apparence, et toujours....

Nous montions sur le bateau à vapeur que ces mêmes idées continuaient de me préoccuper. Pour m'en distraire, je repris mes notes de voyage.

Nouvelles notes prises sur le bateau a vapeur. — Tombeau de Hoche. — Les gardiens du Rhin. — Andernach. — Boiigival en Prusse. — Rolandseck et Nonnen-Werlh. — Les Sept Montagnes. — Les funérailles de la Poésie. — Arrivée à Bonn.

A partir de Goblentz, le Rhin, en descendant, achève d'étaler devant nous ses merveilles. On le dit plus merveilleux encore quand on le remonte de Cologne à Bingen. J'espère le remonter un jour, bientôt, pour retourner à Stolzenfels. Tant que j'ai pu te voir au loin, chère montagne, te dessinant dans le lointain avec ta route tournante, avec la maison Rosahl à micôte, et même tant que le château de Sa Majesté prussienne, qui couronne ton sommet, a frappé mon regard, je ne me suis guère, des yeux et du cœur, orienté que vers toi! Le vapeur en soufflant traversait les eaux réunies du Rhin et de la Moselle, laissant derrière lui et les lignes fortifiées d'Ehrenbreitstein, et Nauendorf, où viennent s'accoupler les

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