‹ Le chemin des écoliersChapitre 23 sur 245 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

VOUS VOUS obstinez à nommer Europe, sera au pouvoir de la Chine, depuis Marseille jusqu'au détroit de Bering ! Vos petits-neveux , monsieur, risquent de mourir Chinois.

— Prodigieux ! murmurait le géographe....

— Prodigieux! » répétait l'homœopathe.

Moi, je ne soufflais mot, mais je m'amusais infiniment.

Enfin, j'osai prendre la parole, et m'adressant au prétendu disciple des brahmes : « Pourriez-vous nous éclairer, lui dis-je, sur la cause véritable de la dernière révolte des cipayes, aux Indes?

— Oh! oui, dit le géographe d'un air suppliant.

— Oh ! oui, » répéta l'homœopathe.

Le paletot gris se tourna vers moi avec un geste d'acquiescement, et après m'avoir ^fait comprendre par un sourire en dessous qu'il ne me confondait pas avec ceux-là à qui il est si facile d'en faire accroire, il reprit : « La cause véritable de la révolte est que, parmi les cipayes, chaque soldat voulait avoir deux domestiques à son service.

~ Pas possible I » s'écria le Hollandais.

Le géographe sembla réfléchir.

a Rien n'est plus vraisemblable quand on connaît le pays , dis-je en me décidant à jouer tout à fait mon rôle de compère. Moi aussi, messieurs, j'ai été aux Indes. J'y ai été pour étudier la flore tropicale , car je suis botaniste (et je regardai fixement l'habit bleu barbeau). Dans l'Inde anglaise, il n'est pas besoin d'être grand seigneur pour avoir cent domestiques sous ses ordres ; moi je n'en avais que soixante (et je regardai non moins fixement le nez rouge); c'était peu, puisque ma pipe seule en occupait quatre.

— Oh! fit le Hollandais; je doute. Je comprends mieux le cipaye. Que faisaient-ils les quatre hommes de votre pipe ?

— Le premier la préparait, le second l'allumait, le troisième me la présentait, le quatrième la fumait ; j'ai horreur du tabac. »

Le mot parut fort plaisant, et j'en riais comme les autres, plus que les autres peut-être, ce qui est toujours un tort pour un faiseur de bons mots, quand le paletot gris se retira avec son escorte. En passant devant nous, il me salua et tendit la main à mon ingénieur.

« A^ous le connaissez ? dis-je à celui-ci.

— Et vous, me répondit-il, ne le reconnaissez-vous pas? C'est Brascassin.

— Quoi ?... Brascassin?... le vénérable d'hier?

— Oui.

^ Hier, il était donc déguisé?

^- Parbleu !

— Ma foi ! tant mieux que ce soit le même. .Te commençais à croire ce bon pays d'Alsace tout aussi peuplé de mystificateurs que la Champagne. En tout cas, c'est un garçon fort gai.

— Pas toujours. »

Nous échangions ces quelques mots en franchissant la porte de l'hôtel; une voiture y stationnait, aux ordres démon compagnon.

« Désolé de vous quitter encore, me dit-il; ce matin j'ai dû me rendre auprès du major Heusch, de Tartillerie badoise, pour mesures relatives à l'établissement de notre pont fixe sur le Rhin ; maintenant il me faut rejoindre les généraux Larchey et Borgella, occupés à relier les deux rives du fleuve par un pont

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