CINQUIÈME PARTIE
d'aller lui-même la chercher en Angleterre; il partit. Thérèse n'était plus à Londres ; il n'avait pu l'y dé' couvrir. On la disait rentrée en Belgique et même cachée dans un des faubourgs de Bruxelles.
Alors le bruit se répandit qu'un enfant avait été mis en terre àLaaken au milieu des circonstances les plus mystérieuses. Le gardien du cimetière, interrogé, déclara que la mère était jeune, jolie, Française, et qu'elle arrivait de Londres. Voilà tout ce qu'il en savait. L'affaire était suffisamment instruite.
En effet, c'était de Londres qu'arrivait Mme de X. . . . lorsque, déjà souffrante, et dans un état de grossesse très-avancée, elle apprenait à Bruxelles même que son mari, dangereusement malade, la rappelait à Paris.
J'aime à croire que le lecteur n'a pas oublié la touchante histoire du petit tombeau de Laaken (pour la lectrice, je ne le mets pas en doute) et des soupçons qui s'élevèrent à ce sujet contre Brascassin. Je me garderai donc bien de la reproduire.
Étonnée de ne plus recevoir de réponse à ses lettres, soigneusement interceptées par Van Reben ou l'un de ses agents, quand Thérèse revint de Londres à son tour, un peu pâle, un peu amaigrie par le climat d'Angleterre, elle trouva la maison de sa bienfaitrice fermée pour elle. Dans tout Bruxelles, la ville puritaine par excellence, un cri d'indignation s'élevait contre la fille coupable.
Elle rentra à Noisy, chez son père, où Brascassin, qui s'attendait à retrouver en elle cette mère éplorée entrevue par lui au cimetière de Laaken, la vit pour la première fois. Il croyait avoir souffert pour elle ; il comprit n'avoir souffert qu'avec elle. Sa nature gêné-
reuse s'émut devant ce malheur immérité. Avec sa pitié, il donna à Thérèse son affection; une affection de frère, d'abord, mais qui devait s'accroître et se passionner en la connaissant mieux.
La calomnie avait poursuivi Thérèse à Noisy et même à Paris. La France, aussi bien que la Belgique, repoussait l'innocente accusée. Brascassin, d'accord avec Ferrière, songea à lui créer une nouvelle existence dans le grand-duché de Bade, où il avait de nom:: breuses relations. Il acheta pour elle la maison Lebel, de Garlsruhe; là, quoique simple hôtelière, elle pouvait trouver l'emploi de ses connaissances grammaticales ; puis il retourna en Belgique pour y prendre des informations, non sur Thérèse (il ne doutait plus de ce côté), mais sur ses calomniateurs.
De retour dans cette ville, où la calomnie avait pris naissance, d'où elle avait rayonné, il remonta avec patience, avec ténacité, pas à pas, jusqu'à sa première origine, et sur son berceau il trouva inscrit le nom de Guillaume Van Reben. Mais alors l'affreux Yankee était retourné à Bâton-Rouge.
Brascassin se présenta devant la tante. Celle-ci pleura au souvenir de sa chère filleule, mais elle refusa de croire à la félonie de son bien-aimé neveu, la franchise faite homme. D'ailleurs, l'enfant de Laaken avait une mère; cette mère où était-elle?
La réponse à cette question, Brascassin l'alla chercher au tombeau de l'enfant. Le petit tombeau était aujourd'hui surmonté d'une tablette de marbre finement sculptée, et l'artiste sculpteur y avait inscrit son nom, Mme de X.... Brascassin connaissait de réputation Mme de X...; il retourna à Paris, pour se renseigner auprès d'elle.