‹ Le chemin des écoliersChapitre 239 sur 245 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

inattendue n'était pas entièrement calmée, quand le notaire, se tournant vers moi, m'adressa la même question qu'à Ferrière. Excité, entraîné parle désir d'ajouter à l'effet déjà produit : « Vincent- Augustin, baron de Canaple, » dis-je à mon tour; et j'allai tendre la main à mon ami le baron de Ferrière.

Devant ces deux barons poussés subitement comme des champignons sur couche tiède, l'assemblée resta la bouche béante. J'avais jusqu'alors fait un si discret usage de ce titre honorifique, que mon grand ami Antoine Minorel parut tout aussi surpris que les autres. Quant à mon vieux Jean, il savait à quoi s'en tenir, et plus d'une fois il dut gémir du peu de cas qu'il me voyait faire de ma baronnie. Il avait aidé au service du dîner, et, en ce moment, promenait un plateau vide au milieu des invités. Devant ma déclaration, il s'arrêta brusquement, déposa son plateau sur Ja table même occupée par le notaire, et, redressant la tête, la main passée dans son gilet, il prit l'attitude superbe d'un valet de chambre de grande maison.

Sous prétexte de m'offrir un verre d'eau sucrée, du thé ou du Xeri-Robler, vingt fois, pendant le reste de la soirée, Jean m'aborda avec cette même formule : Œ Monsieur le baron veut-il...? Monsieur le baron désire-t-il,..? Aurai-je l'honneur d'offrir à monsieur le baron...? » Cette formule, le notaire l'emprunta à Jean , iMme Van Reben au notaire, Mme de X.... à Mme Yan Reben. Thérèse etBrascassin s'abstinrent avec un goût parfait ; mais en revanche, Athanase, Épernay I, Épernay II, Antoine lui-même et surtout le petit monsieur de La Fléchelle, m'en donnèrent, m'en cinglèrent à travers le

visage, à m'étourdir, à m'assourdir. Au bout d'une heure, mon titre de baron m'était devenu plus odieux encore que mon affreux surnom de l'homme aux poules.

Maintenant, du mariage comme du voyage, que me reste-t-il à dire?

Le lendemain, le grand jour! les choses se passèrent à la mairie et par-devant l'autel comme il est d'habitude en pareille circonstance. Tandis que Brascassin promettait protection à Thérèse, Thérèse soumission à Brascassin, tous deux mutuelle lidélité, je regardai Mme de X...; elle paraissait fort émue, et son émotion était on ne peut plus favorable à sa beauté; mais.... quatre enfants!... Grand Dieul que dirait Madeleine si elle me voyait rentrer au logis avec une femme et quatre enfants?

Après un long déjeuner dînatoire, qui dura toute la journée, même assez avant dans la nuit, et où le vin de Champagne eut nécessairement le pas sur les vins de Bordeaux, de Bourgogne et du Rhin, profitant du moment oij l'on rentrait au salon pour prendre le café, je m'esquivai ainsi qu'Antoine. L'heure du départ était venue. A l'hôtel de Suède, le vieux Jean nous attendait avec une voiture et nos bagages. Enfin, je montai en wagon, non plus pour suivre le chemin des Écoliers, mais la ligne droite, la bonne ligne, celle qui devait aboutir à Marly-le-Roi!

Nous passions à la hauteur de Mons quand minuit sonna. Le trentième jour de mai venait de naître. Jour pour jour, un mois auparavant, j'étais parti de Paris, de ma rue Vendôme, pour entreprendre ma grande promenade pédestre. Depuis un mois, que de pays j'avais parcourus, quel immense panorama,

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