DEUXIÈME PARTIE
Une fois déposé à la station d'Oos par le chemin de fer, vous devenez un de ses sujets privilégiés; il se charge gratuitement de vos plaisirs, de votre bienêtre; il se charge même de faire votre fortune; c'est à vous d'en essayer.... Pour ma part, je ne m'y fierai plus.
Quant à l'acquit du prix des voitures, cela regarde votre hôtelier, il en est de même de votre blanchissage. Un tarif spécial, édicté par la police urbaine, a pourvu à ce que vous n'ayez point à vous en occuper. Que de débats, que de tracas de moinsl Toituriers et blanchisseuse, ainsi réglementés, vous n'entendez parler d'eux qu'au jour de votre départ, sur la note générale de l'aubergiste.
C'est vraiment une bonne vie que la vie d'auberge. On met là en pratique ce grand principe de l'association, duquel découlent toujours, pour les gens bien conformés, plaisir et profit. Ma foi, j'ai mauvaise opinion de ces voyageurs déhcats que la société de leurs semblables met en fuite, qui se confinent dans leurs appartements et s'y font servir à huis clos, préférant la solitude à ce curieux pêle-mêle de la table en commun. Ces gens-là ne sont ni philosophes ni observateurs.
Buffon nous dit n'avoir jamais causé un quart d'heure avec un sot sans apprendre de lui quelque chose de nouveau. Il y a beaucoup à apprendre aux tables d'hôte.
J'en aime surtout les incidents variés, les intermèdes. Un Tyrolien, entré à la sourdine, vous fait bondir sur votre siège aux sons de son aigre trompette ; les chanteurs et les chanteuses se succèdent les uns aux autres. Ce sont les chanteuses et les
blondes distributrices de petits bouquets qui ont fait la plus large brèche à mon argent de poche. Il ne me reste plus que soixante-quinze centimes. Je m'en inquiète peu.
Je suis tout à fait réconcilié avec Bade. C'est, en effet, une décoration d'opéra-comique, je ne m'en dédis pas; mais ici les machinistes et les machines sont invisibles.
Durant les trois jours qui viennent de s'écouler j'ai visité l'ancienne Trinkhalle, où se trouve la source principale, la mère des autres sources minérales du pays; aussi la tient-on sous clef de peur qu'elle ne s'échappe. Chose singulière! son eau, d'une chaleur de soixante-dix degrés, brûle la main et non les lèvres. Les croyants de Bade, Junius en tête, la boivent à pleines tasses.
En face de l'ancienne Trinkhalle est l'ancienne galerie des buveurs, devenue le dépôt général de toutes les pierres tumulaires, de tous les fragments de statues , de tous les vieux tessons romains , débris du bain des Césars. J'y ai vu un Mercure à oreilles d'âne, trouvé sur la cime du grand Stauffenberg, qui lui a dû son nom mioderne de mont Mercure. Avec Junius, j'ai visité le Stauffenberg, le Fremersberg et d'autres herg encore. Le vieux cimetière lui-même a reçu notre visite, quoique les touristes ne le visitent guère, et à tort, selon moi.
On y voit un Calvaire, monument sculptural de l'art le plus naïf. Les apôtres dorment dans le jardin des Oliviers; le Christ, de grandeur naturelle, prie, et, derrière lui, sur une montagne de deux mètres de hauteur, apparaît un ange, dont la taille ne dépasse point vingt à vingt-cinq centimètres. L'artiste