‹ Le chemin des écoliersChapitre 87 sur 245 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

taux et porcelaines, j'ai visité la cellule de sœur Sibylle. Quel contraste! C'est bien la chose la plus triste, la plus sombre qu'on puisse voir. Le cilice, la discipline, le sac de toile, la natte de paille y sont encore. Jésus, la Vierge et saint Joseph n'ont pas cessé de se tenir autour de la petite table, à laquelle la pauvre folle ne vient plus s'asseoir.

a Quoique ces détails appartiennent plutôt à la chronique qu'à l'histoire, j'espère pouvoir en tirer parti dans mon grand ouvrage; mais j'en userai avec discrétion.

tt Ainsi, tiens-toi-le pour dit, demain dimanche, je compte passer encore la journée ici, à recueillir des notes, puis après-demain, en route, trajet direct!... Il sera possible cependant que je fasse une pose à Épernay, où j'ai quelques renseignements à prendre. En tout cas, je ne toucherai barre à Paris que pour t'emmener avec moi sur nos Alpes marlésiennes. Bonsoir; je vais me coucher. Ton cousin Junius t'envoie ses compliments. »

Cette lettre, je l'avais remise sous enveloppe, cachetée de nouveau avec apposition d'un double timbre; mais après réflexion, comme elle renfermait quelques épisodes curieux sur Louis-Guillaume et sur sa femme, craignant qu'elle ne s'égarât en route, ou que mon ami Antoine Minorel ne s'en servît pour allumer ses cigarettes, je m'abstins de la lui envoyer, et la mis simplement en réserve avec mes autres documents historiques.

Les religieuses violonistes. — Des squelettes bien mis. — Un HerciiIe-Cupidon. — La messe invisible. — Un baiser rendu. — Départ de Bade.

Une femme qui joue du violon représente déjà quelque chose d'un peu bien excentrique ; mais une religieuse, que dis-je? tout un orchestre de religieuses ! s'escrimant sur cet instrument disgracieux, voilà ce qui paraît hors de toute vraisemblance. C'est cependant ce qu'on voyait, ce qu'on entendait naguère au couvent de Lichtenthal. Maintenant on ne voit plus les pieuses exécutantes, mais on les entend encore.

Aujourd'hui dimanche, une partie de la population catholique de Bade se dirigeait vers cette délicieuse promenade de Lichtenthal, à l'extrémité de laquelle, derrière de vieilles constructions romaines, se cache la petite église des religieuses augustines, fondée, vers le milieu du treizième siècle, par la veuve du margrave Hermann Y. Moins dans un but de dévotion que de curiosité peut-être, je longeai la promenade et j'entrai dans Téglise.

Aux deux côtés de l'autel, sous un vitrail qui permet de les parfaitement apercevoir, sur un lit de mousse, de soie et de fleurs artilicielles, reposent, non par fragments, mais complets, les reliques de saint Pie et de saint Bénédict. Pour dissimuler ce que ce spectacle pourrait avoir de pénible ou pour hono-

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