LE BOUQUET
Au réveil des jardins, à l'heure Où l'Aube, errante au\ horizons, Éparpille sur les gazons Les larmes d'argent qu'elle pleure,
Le long des parterres qu'effleure L'ombre naissante des maisons, J'ai parcouru les floraisons Dont le dernier éclat nous leurre.
Nul parfum dans leur cœur \ermeil !
Hélas ! d'un été sans soleil
Des fleurs sans arôme sont nées.
Et je m'en allai sans rancœur :
Car j'en sais d'autres, dans mon cœur,
Qu'aucun vent du ciel n'a fanées !
LES ANNIVERSAIRES. 6
J'ai mis dans ce lis la fierté Triste d'un amour solitaire Qui, pris du dégoût de la terre, Dans l'azur désert est monté.
Le seul astre dont la clarté Pût lui verser ce qui l'altère Et, d'un calme plein de mystère, Rafraîchir son cœur révolté,
Le seul astre vers qui son àme, Gomme une vapeur de cinname, S'élevât désespérément,
S'est enfui derrière la nue.
Et nulle étoile n'est venue Consoler son divin tourment !
J'ai caché, dans la rose en pleurs, Les larmes qu'il faut qu'on ignore, Pour que la Rosée et l'Aurore Les confondent avec les leurs.
Puissent-elles à ses couleurs Apporter plus d'éclat encore, Et puisse la main que j'adore La trouver belle entre les fleurs!
Entre toutes, la rose est celle
Dont l'àme jalouse recèle
Le mieux ses parfums au soleil,
Et de qui la lèvre embaumée Garde le plus d'ombre enfermée Dans son beau sourire vermeil.
LES ANNIVERSAIRES
Prends de ma main ce laurier rose Chargé de parfums endormeurs, 11 sait la peine dont je meurs Et qui courbe mon front morose.
A l'ombre sa fleur est éclose, Loin de la foule et des rumeurs ; Et j'ai, sous ses rameaux charmeurs, De mes maux oublié la cause.
Il va se flétrir sans retour. Alors l'impérissable amour Se réveillera dans mon être.
Son dernier souffle en s'exhalant,
Te dira le désir brûlant
Qui jusqu'à la mort me pénètre.
J'ai mis dans le rouge calice D'une tulipe au port vainqueur La torture que, sans rancœur, Je porte au flanc comme un cilicc.
Je voudrais que mon sang l'emplisse Comme une vivante liqueur.
Et que tout ce qui fut mon cœur S'y fonde en un dernier supplice,
Pour te l'ollVir, tomme à l'autel,
Le vase où le sang immortel
D'un Dieu martyr dans l'or llamboio,
Et pour le tendre à la pâleur Divine de ta lèvre en fleur, Seul paradis auquel je croie !
LES ANXivEn sAini;?.
Accepte aussi cette Inacinflie; C'était la lleur chère aux aïeux Et, dans les rites glorieux, Longtemps elle demeura sainte.
D'un sang- pâle et doux elle est teinte Comme sont, au matin, les cieux, Quand l'Aube au \ol silencieux Des 'flèches du Jour fuit l'atteinte.
Je la jette devant tes pas.
Sous ton pied ne la foule pas :
Elle a la couleur de mon Rêve.
Ses tons fragiles te diront L'espoir qui tomba de mon front.
Et combien sa douceur fut brève 1
Je t'offre encor ces ancolies Dont le calice envenimé Gardait le secret enfermé Des mortelles mélancolies.
Mais, l'ayant vidé jusqu'aux lies, Tu peux, sur leur cœur désarmé Inclinant ton front parfumé, Admirer leurs couleurs pâlies.
En épuisant leurs sucs mauvais, Apprends le Rêve dont j'avais Longtemps la douceur poursuivie :
Étendre devant toi la main, Pour écarter de ton chemin Toutes les peines de la vie !
LES ANNIVERSAIRES
Tout ce que j'aurai de joyeux, Tout ce qu'un espoir vivifie, C'est un bluet que le (ie : Le bluet est pareil aux yeux
Où l'azur obstiné des cieux Rit aux détresses de la vie ; Le rêve et sa douceur ravie S'y reflètent, silencieux.
Le seul bonheur de ma tendresse Est fait des vœux que je t'adresse, Le seul que l'exil m'ait permis !
Et, pour cette offrande sacrée, J'ai choisi ta fleur préférée, La seule chère à tes amis.
Août 1£83.
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