FLEURS D'EXIL
Puisque rien do vivant <lans mon cœur ne demeure Que l'amer souvenir de ta chère Beauté ; Puisque du Rêve en qui j'avais mis ma fierté Le ciel n'a pas permis que je vive ou je meure,
Enviant le destin du cygne qui se pleure, Sur qu'un sommeil prochain lui tend la liberté, Je veux combler d'un chant plein de sérénité Le gouffre de mon cœur et le vide de l'heure.
Je veux fêter le jour fatal et triomphant,
Qui, dans l'éclat des lis, pétrit ton front d'enfant
Et posa le baiser de l'aurore à ta bouche :
Le jour ((ui (it tes yeux d'un rayon de soleil, — Et d'un hymne berceur, à la vague pareil. Endormir, un instant, mon désespoir farouche!
LES ANNIVERSAIRES
0 Jour, de tes feux éclatants, Une étoile s'est souvenue.
Celle qui, pour te voir longtemps, Resta sur le bord de la nue.
Quand le Soleil encor lointain Illuminait déjà la Terre, Sur le balcon d'or du matin Elle se pencha solitaire.
Et c'est elle qui m'a conté Comment cette aurore pi'emière, Sur le berceau de la beauté, Tendit des rideaux de lumière.
0 Jour, de ton air embaumé Une rose s'est souvenue, Celle qui, dans son cœur fermé, En garda l'arôme inconnue.
Quand la paix troublante du soir Descendait déjà vers la plaine, Son âme, comme un encensoir.
S'ouvrit à ta dernière haleine.
Et c'est elle qui m'a conté Comment était monté, de l'ombre.
Jusqu'aux pieds nus de sa beauté, Le parfum de tes fleurs sans nombre.
LES ANNIVERSAIRES
0 Jour, des maux que tu m'ouvrais Mon âme aussi s'est souvenue, Mon âme en qui tu pénétrais Comme un fer dans une chair nue.
Bien des soleils ont rallumé Puis éteint leurs torches dans l'onde, Sans qu'aucun ait jamais fermé Ma blessure chère et profonde.
Pourtant, sois heureux, soit fêté, 0 Jour qui, comme une cinname, As brûlé devant sa Beauté Tes feux, tes parfums et mon âme I
80 LES A no HATIONS.