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LA PLAINTE DES PRAIRIES

à /ilbert RuauU.

Oiiand Mai donne ses foins , Je bruit des fmtchaisons

N'est pûs fait seuleme?ît du rire et des chansons

Des faucheurs enivrés d'air pur et de soleil.

Ni du vol régulier et du lythme pareil

Des faux rasant le sol comme de grandes ailes

Dont les battements clairs jettent des étincelles ;

Si vous écoutez bien, sous tout ce bruit joyeux

Qui lutte avec les cris des oiseaux dans leurs jeux ,

Si vous écoutez bien , si votre oreille insiste

Pour entendre au delà, quelque chose de triste

Remplira lentement, vaguement, votre cœur;

Et vous ne saurez pas d'abord quelle langueur

Rend votre âme anxieuse au milieu de la joie

Oii la vaste gaité du printemps se déploie.

Mais si vous écoutez encor, vous entendrez,

Sous le clair cliquetis, des soupirs murmurés ,

Une plainte légère et presque imperceptible ,

Un indéfinissable, un fragile et paisible

Gémissement, épars dans toute l'atmosphère.

Ainsi qu'une impalpable et subtile poussière

De souffrance dont l'air ne peut former un son;

Et vous serez saisi d'un étrayige soupçon

En voyant s abaisser les plantes par jonchées.

C'est la plainte des fleurs et des herbes fauchées ,

Brins d'herbe par milliers, bouto?îs d'or, pâquerettes,

Dents-de-lion, sainfoin, trèfe, ivraie , amourettes ,

Véroniques, coucous , féoles , flouv es fines ,

Millefeuilles , plantains , séneçoyis , cardamines ,

Tout un peuple viconnu de frêles graminées ,

Mortes dans leurs amours et dans leurs hy menées.

Dont la petite vie en expirant exhale

Mille adieux attristés à la splendeur vernale.

Et l'exécration du destin infexible.

Leur détresse, pareille au pollen iyivisible

Où flotte leur désir, leur joie et leur ivresse.

Sans que notre regard imparfait les connaisse,

Afflige l'air muet, mais n arrive à l'oreille Que de ceux dont le cœur pitoyable surveille , D'une sollicitude incessante et profonde , Les tourments ignorés dont fourmille le monde. Pour eux, ô Mai charmant , la plainte des prairies Monte des deux côtés de tes routes fleuries , Dajis P allègre frouement des faux et des faucilles , Et les chants des faucheurs et les rires des filles.

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