LE PORCHE
à Alfred Agache.
D'un côté du logis pousse une clématite. Et de l autre coté fleurit une glycine ; Ce sont les seules /leu?'s sur la maison qu'habite Ma pensive voisine.
Elle est jeune , et pourtant elle est toujours en deuil: A peine un ruban gris ou bien un collet blanc ; Les jasmins , les rosiei's conviendraient mal au seuil Que franchit son pas lent.
Mais quand la clématite a mis ses fleurs bleu sombri Quand la glycine a mis ses grappes violettes. Autour du porche en pierre, où persiste de F ombre Dans des clartés discrètes.
Elle possède alors le cadre qui convient A sa pose lassée, a son front soucieux. Au secret douloureux et profond que contient L'azur noir de ses yeux.
Ces douces fleurs de deuil dont elle est entourée. Reconnaissant en elle une sœur de tristesse. Et la voyant si jeune et déjà si navrée. Comme un cœur que délaisse
Le jeu tendre et léger des doigts clairs de V Espoir , Sous lesquels vibre encore un cœur désenchanté , Semblent vouloir former un grave reposoir Pour sa grave beauté ;
Et vouloir à leur goût la parer, quand sous F arche De vieux grès rocailleux où se mêlent leurs branches, Elle se tient debout sur la dernière marche. En croisant ses mains blanches.
La clématite met ses fleurs d'azur foncé Sur sa robe aux plis noirs toute pleine d adieu , Et partout où les plis s'attachent est fixé Un 7iœud de velours bleu ;
De son côté lu pâle et tremblante glycine , Comme les grmîds dessins brochés de vieille soie, Y sème ses bouquets de mauve mousseline. Qu'un geste ouvre ou reploie.
Elle a l'air de porter dans ses cheveux cendrés , Oui bordent son front pur de bandeaux onduleux , De beaux thyrses pareils aux pâles liserés Lilas de certains deux.
Ses yeux, de la couleur humide des pensées. Brillent, parmi ces jleurs, en fleurs plus merveilleuses, De reflets plus profonds et riches nuancées. Et plus mystérieuses.
Pat fois des martinets, doux oiseaux du souci.
Autour délie assemblés T entourent de leur vol
Lustré, bleuâtre et noir, dont les ombres aussi
Se croisent sur le sol.
Le soleil, à ses pieds, en nappe d'or s'arrête, Se brise et rejaillit en poussière dorée, Qui va toucher ses mains, mais qui laisse sa tête Dans une ombre sacrée.
Une haute douleur réside en son mahiiien : Oui sait si son regard, vers l'horizon tourne', ï cherche un impossible espoir, ou se souvient D'un bonheur terminé?
Mais si ces yeux , un jour, mettent dans leur tendresse La puissance d'aimer , de sentir et de croire. Le rare don de soi qui tient dans leur tristesse. Sous ce pur front d'ivoire ;
Si cette bouche où gît un trésor de chagrin , S'ouvre et s'anime , un jour, d'un sourire enchanté. Et si ce corps, si souple en son calme dessin, S'émeut de volupté ;
Ah ! bienheureux celui quelle parait attendre , Dans son cœur obstiné, pur et mélancolique ! Et plus encor celui qui la fera descendre De ce sombre portique ;
Celui qui forcera , la prenant par la main , Le jaloux rideau mauve et bleu de s'entrouvrir. Lorsque la clématite et la glycine , en vain . Foudront la retenir ;
Oui lui fera gravir les blarics degrés d'un porche Ou jasmifis et rosiers mêlent leurs fleurs écloses , Oii quelqu Amour de marbre allume et tend sa torche Dans la flamme des roses.