‹ Le chemin des saisonsChapitre 76 sur 100 · II · texte numérisé non relu

II

igO LE CHEMIN DES SAISONS.

Un jour lui fait franchir les bornes d'un pays; Dans les vents qu'elle fend ou bien quelle devance, Infatigablement son fort désir la lance Fers les deux aux soleils toujours épanouis.

Mais soudain son regard prodigieux a vu, Dans la fente d'un roc, sous un pied de fougère , Ramper le glissement furtif d'une vipère; Son inflexible vol d'un coup s'est abattu.

Quand sa chute s'arrête et remonte en essor , Elle emporte, dans l'air frissonnant, le reptile. Et, dans son bec couleur d'aurore , le mutile. Tandis qu'en tioirs replis il se noue et se tord.

Alors, songeant toujours aux éclatants soleils , Aux longues stations au bord des eaux sacrées , Ou sur les minarets aux coupoles dorées Où le soir lumineux ruisselle en flots vermeils.

Joyeuse, elle reprend, à la calme hauteur D'au les terres sans fin redeviennent lointaines , Son vol splendide , dont l'ourlet noir de ses pe)ines Isole dans l'azur l'éclatante blancheur.

AUTOMNE. igi

LES CHRYSANTHEMES.

à Louis Ovion.

Le jardiyi ti'a plus que des chrysanthèmes! Les rosiers sont morts, et les diadèmes

Des derniers soleils Tombent, en pliant leurs tiges séchées, Dans l'herbe où les fleurs sotit déjà couche'es

Pour les longs sommeils ;

Les géraniums , les phlox , les colchiques. Les lourds dahlias, et les véroniques,

Et les verges d'or.

Gisent dans l'humus sous les feuilles mortes , En proie au hideux peuple des cloportes.

Ouvriers de mort.

Le jardin n 'a plus que des chjysanthèmes ! Mais l'année a mis ses grâces suprêmes

Dans ces pâles fleurs ; Leur seule rosée est la fine pluie , Parfois un rayon presque froid essuie

Leur visage en pleurs ;

Leur blancheur de cire a des teitites mauves. Les rideaux fanés des vieilles alcôves

Ont leur incarnat.

Leur plus tendre rose est teint d'améthyste , Et même leur or le plus clair est triste.

Et n'a point d'éclat.

Le jardin n a plus que des chrysanthèmes! Quel chagrin pensif, en leurs roseurs blêmes,

De leurs froids destins !

Quel délicat rêve en leur blancheur chaste ! Quels nobles et fiers ennuis dans le faste

De leurs ors éteints !

igi

Elles ont grandi smis pouvoir connaître L'ivresse d'amour qui flotte et pénètre

Leurs sœurs de l'été , Quand vibre partout le vol des insectes , Douloureuses fleurs , calmes et correctes

Dans l'air déserté.

Le jardin n'a plus que des chrysanthèmes ! Allons en cueillir, puisque tu les aimes

A l'égal des lis.

Des amaryllis de larmes trempées.

Et des sombres cœurs entourés d'épées

De tes chers iris.

Nous rapporterons , en tremblantes gerbes , Leurs troublantes fleurs , humbles ou superbes

Nous en emplirons Le verddtre et^ vieux vase de la Chine ^ Ou s'enfuit sans cesse et se dissémine

Un vol de hérons.

Le jardhi n'a plus que des chrysanthèmes ! Nous devinerons les profonds poèmes

D'obscure douleur.

Qui vivent au fond de ces douces âmes. Dont l'effort d'aimer éclate en des flammes

Qui sont sans chaleur.

Quand le soir hâtif emplira la chambre , Nous regarderons ces fleurs de Novembre,

Ces fleurs de souci.

Ces fleurs sans espoir , comme des emblèmes Le jardin n'a plus que des chrysanthèmes.

Et nos cœurs aussi l

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