‹ Le chemin des saisonsChapitre 89 sur 100 · LA TRISTESSE DU VENT · texte numérisé non relu

LA TRISTESSE DU VENT

à Gaston Stiegler.

Que veux-tu répondre au vent qui soupire , Au vent qui te dit le chagrin des choses , Le trépas des lis, des lilas, des roses. Et des clairs essaims gelés dans la cire ; Que veux-tu répondre au vent qui soupire ?

Il dit qu'il est triste et las de conduire

Le gémissement de tout ce qui souffre.

De frôler toujours ce qui tombe au gouffre.

De passer partout où la vie expire ;

Qiie veux-tu répondre au vent qui soupire ?

Lui répondras-tu qu'un cœur peut suffire. Un seul cœur humain chantant dans la joie, Pour Je consoler de sa longue voie Sur les champs sans fin que l'hiver déchire ; Oiie veux-tu répondre au vent qui soupire ?

Oii trouveras-tu ce cœur qui désire Rester ce qu'il est en sa calme fête.

Le cœur qui n'ait point de doideur secrète. Pour laquelle il n'est ni baume , ni myrrhe ; Oiie veux-tu répondre au voit qui soupire ?

Sera-ce ton cœur, et faut-il te dire Que le vent prendrait sur tes lèvres closes Un chagriyi plus grand que celui des choses , Et dans ton regard, un plus haut martyre ; Oue veux-tu répondre au vent qui soupire ?

Alors réponds-lui, de ton cher sourire.

Qu'il ne frôle pas les âmes humaines, S'il ne veut porter de plus lourdes peines Oue celles qu'il cueille en son vaste empire ; Que veux-tu répondre au vent qui soupire ?

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