‹ Le chemin des saisonsChapitre 91 sur 100 · PAR UNE SOIREE DE TEMPETE · texte numérisé non relu

PAR UNE SOIREE DE TEMPETE

à Eugène Gourio.

La tempête mugit et tout l'air est en peine :

Accourant de l'ouest, avec sa moite haleine

Elle a tué le gel qui durcit les chemins ;

Le sol gras et glissant sous les pas incertains

Annonça le preynier sa prochaine venue.

Alors que le ciel pur n ^ avait pas une nue ;

Puis, légers et très hauts, on put apercevoir

Quelques longs fUets gris qui rougirent le soir,

Et l'air sembla plus lourd sans devenir plus sombre ,

Puis une brume fine oii flottait un peu d'ombre

Envahit de partout le firmament pâli

Mais toujours unifoi'me et calme et sans un pli ;

La brume commença doucement à descendre.

Plus lourde, plus opaque, et comme de la cendre

Parut peser sur l'air et le rendre plus chaud ;

Un vent intermittent qui soufflait par sursaut

Courut à ras de terre, agitant les arbustes

Et laissant en repos les arbres plus robustes.

Mais ses coups se faisant plus fréquents et plus longs

Se joignirent en vent continu dont les bonds.

Se haussant par degrés, atteignirent les têtes

Des chênes qui bientôt gémirent , et les faites

Des toits oii s'éveillaient des grincements de fer.

Et la voûte du ciel immobile et couvert.

Oui brusquement brisée en masses de nuages.

Et se bouleversant d'étranges éclairages.

S'émut, et s'ébra?ilant d'un fougueux mouvement.

D'un coup, vers lest, se mit à fuir éperdument.

Depuis, une clameur emplit la vaste voûte

Des deux, longs hurlements , affreux cris de déroule.

De colère, d'efroi qui se heurtent entre eux ;

Dans les airs effarés, maijitenant ténébreux.

Roule une immense voix qui semble haletante

De la douleur d'un monde ou de son épouvante;

// tombe dans la nuit des déluges de pleurs, Et de prodigieux battements de douleurs Font trembler l'univers secoué jusqu'aux astres. De quels crimes, de quels fléaux, de quels désastres Cette voix parle-t-elle en sanglots monstrueux ? Est-ce un gémissement ? Ou sont-ce les aveux Du forfait accompli par le maître du Monde, Lorsque, au lieu de laisser la matière inféconde. Comme un germe éternel d'angoisse il a jeté La Vie eji un chaos qui n'aura palpité Aux plis dévorateurs de l'existence inique Que pour créer la loi de cruauté cosmique Qid, donnant le néant à l'Être pour support. Entretient la souffrance au moyen de la mort. Et conduit à la mort à travers la souffrance ?

O jours où je baisais les doigts de l'Espérance

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