PAR UNE SOIREE DE TEMPETE
à Eugène Gourio.
La tempête mugit et tout l'air est en peine :
Accourant de l'ouest, avec sa moite haleine
Elle a tué le gel qui durcit les chemins ;
Le sol gras et glissant sous les pas incertains
Annonça le preynier sa prochaine venue.
Alors que le ciel pur n ^ avait pas une nue ;
Puis, légers et très hauts, on put apercevoir
Quelques longs fUets gris qui rougirent le soir,
Et l'air sembla plus lourd sans devenir plus sombre ,
Puis une brume fine oii flottait un peu d'ombre
Envahit de partout le firmament pâli
Mais toujours unifoi'me et calme et sans un pli ;
La brume commença doucement à descendre.
Plus lourde, plus opaque, et comme de la cendre
Parut peser sur l'air et le rendre plus chaud ;
Un vent intermittent qui soufflait par sursaut
Courut à ras de terre, agitant les arbustes
Et laissant en repos les arbres plus robustes.
Mais ses coups se faisant plus fréquents et plus longs
Se joignirent en vent continu dont les bonds.
Se haussant par degrés, atteignirent les têtes
Des chênes qui bientôt gémirent , et les faites
Des toits oii s'éveillaient des grincements de fer.
Et la voûte du ciel immobile et couvert.
Oui brusquement brisée en masses de nuages.
Et se bouleversant d'étranges éclairages.
S'émut, et s'ébra?ilant d'un fougueux mouvement.
D'un coup, vers lest, se mit à fuir éperdument.
Depuis, une clameur emplit la vaste voûte
Des deux, longs hurlements , affreux cris de déroule.
De colère, d'efroi qui se heurtent entre eux ;
Dans les airs effarés, maijitenant ténébreux.
Roule une immense voix qui semble haletante
De la douleur d'un monde ou de son épouvante;
// tombe dans la nuit des déluges de pleurs, Et de prodigieux battements de douleurs Font trembler l'univers secoué jusqu'aux astres. De quels crimes, de quels fléaux, de quels désastres Cette voix parle-t-elle en sanglots monstrueux ? Est-ce un gémissement ? Ou sont-ce les aveux Du forfait accompli par le maître du Monde, Lorsque, au lieu de laisser la matière inféconde. Comme un germe éternel d'angoisse il a jeté La Vie eji un chaos qui n'aura palpité Aux plis dévorateurs de l'existence inique Que pour créer la loi de cruauté cosmique Qid, donnant le néant à l'Être pour support. Entretient la souffrance au moyen de la mort. Et conduit à la mort à travers la souffrance ?
O jours où je baisais les doigts de l'Espérance