UN CŒUR
Sitôt que j'eus le franc usage de mon cœur , Je le mis en des maints qui s'ouvraient pour le prendre C'étaient de douces mains, si belles de blancheur. Dont le toucher était délicieux et tendre.
Heureux et frémissant de les sentir sur lui, Mon cœur, comme un oiseau, resta dans leur caresse Les vents n'ont parfumé, le clair soleil n'a lui Qu'à travers leur tiédeur de nid et leur mollesse.
Mais, un jour, ces deux mains aux fins doigts cerclés d'or Devinrent brusquement glaciales et roides , Et, le serrant toujours par un dernier effort. Se crispèrent sur lui dans des étreintes froides.
23o LE CHEMIN DES SAISONS.
Elles semblaient vouloir ne pas l'abandonner. Et vouloir l'emporter dans la tombe avec elles , Où les clairs saphirs dont elles aimaient s'orner Allaient, à tout jamais , perdre leurs étincelles.
Quant la Mort, qui déclôt et qui vide les mains. Les força de s étendre ouvertes et glacées. Mon cœur leur échappa , tel que sur les chemins On ramasse un ramier aux ailes fracassées.