‹ Le chemin des saisonsChapitre 94 sur 100 · LA VIE DES PLEURS · texte numérisé non relu

LA VIE DES PLEURS

à Charles Normand.

Les pleurs ont une vie, et les meilleurs d'entre eux De l'abîme du cœur montent vers la lumière ; Ils surgissent du fond secret et ténébreux Où les chagrins confus se déchirent entre eux , Jusqu'au bord transparent et pur de la paupière.

Quelque sombres que soient la haine ou le désir. Dévorants, le remords, l'angoisse ou la souffrance. Parmi lesquels leur flot peut sourdre ou peut jaillir Si jusque dans l'azur des yeux il vient mourir , Il connaît la clarté, mère de l'espérance.

Les plus maudits alors sont trempés de lueurs ; Ils tremblent dans les cils en perles irisées ; Sur des traits dévastés de crimes ou de peurs , Ils donnent un instant aux plus longues pâleurs Un peu de l'éclat frais et chaste des rosées.

Ils soulagent le cœur triste, inquiet ou dur , En frayant une issue à sa sourde amertume ; Et laissent pénétrer un 7'egard du ciel pur Au chaos de tourments affreusement obscur Où l'âme au fond de soi se tord et se consume.

Encore , ils font germer C7i d'autres cœurs humains La fleur de la pitié qui rend tendres les lèvres , Oui rend les yeux plus beaux, qui fait s'ouvrir les mains. Oui fait pencher les fronts sur le bord des chemins , Et naître les baisers qui guérissent les fièvres.

Malheureux par dessus tous les autres les cœurs Où les sources des pleurs ne sont pas assez fortes Pour faillir jusqu'au jour ; ceux où sur des douleurs Dont rien n'éclairera les inertes noirceurs. Pèse un poids glacial et lourd de larmes mortes !

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