‹ Le chemin le plus court (volume 2)Chapitre 3 sur 38 · FRAGMENT · texte numérisé non relu

FRAGMENT

« Quand nous passions notre temps à désirer, il nous semblait que rien eue d'entrer à Stamboul, on devait voir se réaliser les merveilles des

Mille et une Nuit*- que le se il de\,n! . h.or.'ei 1rs bol lis . | i il la fi.nl.'iit en

habnuehes éliiicel.uiles de pierreries . i|iic liiul club- pieu.nl l.i Imisse et

le ■ilruv des étoffes de Kashmyr, au sol«M de fOrfeM ; que loui cheval dont les pieds se posaient sur le s:dile du désert devcnail un coursier ardent, impétueux, ami des cnudials.

« L'imagination rêve surtout ces mystérieux harems où sont i achéeo,

sous hi LMrilr de hideux eunuques, I ml île belles tilles de II (jeorgic et de l.i (aiTHs.ie; chaipie \ 1 1\ .l'j.-ui' sr l.ii-sr accroire ipie ses charmes cl snn mérite particulier l'introduiront dans ce eiel ; il ne voit plus que MM las et carreau V de soie; les buissons les plus exquises, les od< lus les plus enivrantes, la musique la plus evdlaule, des lits de roses elleuillées, un naté d :ej:ile : des colliers de perles énormes, dis br.ii elels d'énicraililcs monstrueuses, de, châles immenses passant p:ir une aiguille

« On trouve : la lièvre de loules les couleurs; des \illes sales, mal bâties, Iremhlolanles ; des houiniis :i moitié nus que |Hirlent pémhlenient des rosses avec (tes bride» de cordes ; pour trésors, de vieilles monnaies rognées d'AHema.'ne, d'Espagne el de Hollande; pour lesiius, du riz et du poivre nageant dans le beurre;

« lies mosquées sans ornements, pane que la loi défend <f y introduire ni lalile.iux m statues, ni or ni argent, mais surtout point de réunies rencontrées aux mosquées, moins encore de voiles tombés pur hasard, moins encore d'introductions mystérieuses dans les harcius.

« Le ln.re intentai chez les Turcs, comme en France, comme partout, n'appartient qu'aux gens riches, et est tout ostentation : Ces pistolets damasquinés qu'ils portent à la ceinture, sont privés d un point de mire qui assurerait le coup, mais risquerait d'éi oreher la soie de celte ceinture ; grâce à celte coquetterie, un Turc manque fréquemment un homme à trois pas. P

De tout cela, pensa l'étudiant, il est avéré que les voyageurs sont des hâbleurs.

Pour les voyages écrits :

Ceux qui voyagent n'ont pas le temps d'écrire ; ceux qui écrivent n'ont pas le temps de voyager; il s'ensuit nécessairement que la première condition pour écrire des voyages est d'avoir vécu reiilerme dans sa chambre, ne se permettant la promenade du Luxembourg qu'une fois la sein due, et l'excursion à Saint-Lloud une lois l'an.

Pour les voyages racontés :

On part sur les récils des autres : ris ont eu une foule de bonnes fortunes : ils ont senti leur âme s'élever par lu eonlemplniion des merveilles des arts cl de lu nature ; ils ont couru d'horribles dangers.

On ne trouve rien de toul cela, mais, en revenant, on ne veut pas s ax'ouer moins brave, moins avenlureux, moins enthousiaste, moins beau, moins séduisant qu'un autre, et ou enchérit sur les récils, sur les dangers, sur l'admiration, sur les succès des prédécesseurs.

Mais, à dire vrai, la voiture fatigue, on passe partout sans avoir le temps de rien voir ; on ne peut former aucune liaison, ni se livrer à aucune sympathie. J'ai connu un Anglais qui, arrivant fatigué dans une ville d'Allemagne dont il devait partir le lendemain malin, et, ne voulant pas prendre sur un sommeil impérieux le temps d'aller voir une chute d'eau célèbre, se coucha en recommandant à son domestique d'aller admirer pour lui la merveille. Le lendemain, il repartit après avoir inscrit, sur le rapport de son esclave :

« La chute d'eau a au moins cinquante pieds d'cléi ation. »

Ensuite on revient chez soi, on trouve ses meubles moisis, ses papiers rongés par les souris.

Puis on se rend, pendant le reste de sa vie, insupportable à ses amis et à ses connaissances par les narrations qu'on leur fait subir.

Aphorisme.

On ne voyage pas pour voyager, mais pour avoir voyagé.

Cependant Hugues travaillait sérieusement ; quelques tableaux faits sur

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les esquisses et les ébauches rapportées d'Etretal avaient irouvé des acquéreurs : il avail ouvertemenl rejeté la loge métaphorique de l'étudiant en droit : il s'avouait peintre.

Il contemplai! arec orgueil et bonheur cet argent, prunier fruit de ses travaux; c'était le garant de sou indépendance et de son union avec Thérèse.

rbérèse, 1 laquelle il pensait si souvent quand le jour, commençant à baisser, le forçait d'abandonner ses brosses et sa palette, et qu'il restait étendu mit son divan dans une douce et enivrante nonchalance.

I h soir, i! reçut une lettre d'un île ses camarades qui, à la suite de quelque tapage à un sermon «le missionnaires, — ceci pourrait au besoin servir à quasi préciser la date de noire histoire, — avail été arrêtée! mis en prison. Le prisonnier était un jeune homme fort exalté en paroles, qui, ainsi que beaucoup d'autres, entre lesquels se trouvaient quelques jeunes gens pleins de orur et de talent, s'était livre aux idées ou plutôt aux projets d'un certain nombre d'ambitieux méeottu nts qui voulaient arracher alors, comme à présent, comme toujours, les places et l'argent a un certain nombre d'ambitieux contents qui ne négligeaient rien pour les conserver.

H annonçait à Hugues :

(Jue le despotisme du pouvoir l'avait jeté sur la paille humide îles cachots où il pourrissait en attendant que le bon plaisir des tyrans l'envoyât à Yéchafaud ou dans ['exil.

Hugues, qui, comme presque toute la jeunesse de tous les temps et de Ions les pays, se comptait dans les rangs de l'opposition, lut, à celle nouvelle, frappé d'un sentiment de douleur, de colère et de haine. Il ne pouvait voir son ami dans les fers que le lendemain; il ne put dormir de la nuit, et composa un dithyrambe dont quelques vers seulement nous sonl parvenus.

0 liberté! riens secourir tes filsl Ils meurent, se tordant sous le genou d'un maître; Leurs bras découragés, de fers appesantis, Sonl tendus vers le ciel, déesse, où tu dois être; Car tu n'as plus de temple en ce triste pays...

Hugues s'enfuil sans entrer.

Il rentra chez lui stupéfié et resta à rêver.

11 ne manqua pas d'aller au delà du but réel dans ses réflexions. Il ne connaissait pus la prison.

Il ne savait pas que, lut-elle grande comme la France entière, fut-elle plus belle que le palais d'un roi, elle oppresse la poitrine et éloul'lé le prisonnier.

Et notre sang qui crie arrosera la terre

D'où sortiront un jour des hommes, nos vengeurs.

Le malin, bugues avait fait deux cents vers ; il s'habilla et alla chercher une permission de voir son ami.

Chemin faisant, il prodigua les regards fiers et provoquants à tout ce qu'il rencontra de soldats. Connue sur le quai quelques-uns ri gardaient tirer des macarons à la loterie, il ne put s'empêcher de laisser éi happer entre ses dents : Vils sicaires, méprisables séides d'un pouvoir odieux !

11 arriva à la prison, un guichetier le conduisit, il fut surpris devoir que le cachot humide était situé au deuxième étage. En approchant, il entendit un grand bruit, causé par une confusion de chants, de rires, de chocs de verres et de bouteilles ; il cessa alors de répéter entre ses dents :

0 liberté viens secourir tes fils.,

pour regarder par le trou de la serrure.

Quatre hommes mangeaient et buvaient; leurs yeux étaient pétillants de gaielé. A la forme des bouteilles éparses sur la labié, il était facile de reconnaître que le vin de Champagne était pour quelque chose dans les élans de celte gaieté ; on était même un peu au delà de la gaielé, car tous parlaient et chantaient à la fois.

Au premier acte, le théâtre représente un salon richement orné; deux personnes sont en scène : une jeune femme et un homme.

Allons, enfants de la patrie, Le jour de gloire est arrivé; Contre nous de la tyrannie, L'élendird sanglant...

Un soir , comme je rentrais chez moi , après un excellent souper, je rencontrai, au détour de ma rue, une femme qui pleurait je l'abordai.

Pas de bouquets.

Aucun jardin n'est resté vert.

L'Amour et l'Hymen, malins drilles,

Exprès pour punir les filles,

Ont mis leur fêle l'hiver.

Contre la liberté.

Voilà ce que chacun entend d'ordinaire par la liberté :

Pouvoir faire ce que l'on vent sans se soucier si celte liberté que l'on prend pour soi n'est pas un obstacle à la liberté des autres.

La liberté de tous ne se compose que de sacrifices faits par la liberté individuelle.

Vous voulez la liberté de faire du tapage la nuit, de casser les vitres, de briser les réverbères.

Mais d'autres réclament la liberté de dormir dans leur lit, d'avoir leurs fenêtres closes et les rues éclairées, en supposant que les réverbères éclairent les rues.

On veut des libertés politiques, on aspire à la liberté de siéger à la chambre, et l'on perd la liberté de passer l'été à la campagne. Un conquiert la liberté de se faire emprisonner ou blesser ou tuer pour des intrigants qui dirigent, sans danger, à leur profit, l'enthousiasme de gens qui valent mieux qu'eux.

Je ne dirai pas de mal des libertés politiques; mais avant qu'on s'occupât aussi exclusivement de ces libertés qui sonl plus éloignées de nous , il y a une foule de libellés immédiates qu'il serait urgent de conquérir préalablement.

Ainsi tel homme demande pour le pays la liberté de reculer ses frontières, qui néglige d'augmenter son logement d'une chambre qui lui donnerait la liberté de respirer.

Tel homme qui ne sait pas lire et se fuit sabrer bravement pour la liberté de la presse, néglige de travailler et perd la liberté de manger.

Je demande la liberté de ne plus sentir dans les rues et sous m.\ propre porte de prétendus parfums que l'on brûle sous le nom de pastilles du sérail ;

De ne plus èlre arrêté par deux ou trois citoyens obèses qui s'érigent en monuments sur les trottoirs, et désobéissent à la condition essentielle du passant qui est de passer:

De ne plus rencontrer de vieilles femmes décollelées ;

De ne pas voir arriver chez moi des gens qui me confient trois cents vers.

La liberté ! bon Dieu ! mais qui veut de la liberté? Il y a un joug dont nous ne nous apercevons pas et dont l'absence nous embarrasserait fort : c'est celui de l habitude; où en serions-nous, si nous avions la liberté pour une foule de choses que le corps ou l'esprit font d'eux-mêmes, sans aucune délibération préalable?

S'il fallait prendre une décision pour mettre ses pantoufles le matin ;

Une autre pour l'heure du déjeuner ;

Une antre pour la manière de nouer son bonnet, si l'on met un bonnet de nuit.

Mais voyez comme chacun s'impose une foule d'esclavages volontaires : cet homme se renferme de son plein gré dans son jardin où vont bientôt fleurir ses tulipes.

Celui-ci s'impose de faire confire des cornichons tous les ans, à la même époque.

Celui-là ne peut s'empêcher de prendre du café à une certaine heure;

Tel autre se commande do fa/re des visites à des gens qu'il n'aime pas et qui l'ennuient ;

Tel travaille comme un nègre pour nourrir et vêtir, au profit de sa vanité, des nègres qui ne font rien.

Chacun de nous est enchaîné par une multitude de fils dont il a attaché lui-même la plus grande partie.

11 semble, de la manière dont on entend la liberté, qu'il n'en puisse y avoir pour tout le monde, et chacun comprend tacitement, dans l'idée de sa propre liberté, l'esclavage de ceux sur lesquels il la conquiert. C'est comme une bascule où l'un ne peut être élevé sans que l'autre soit abaissé.

C'est que la liberté que l'on veut réellement, c'est la liberté d'avoir* es honneurs, si tant est qu'il y ait eucore des honneurs ; la liberté de posséder les places et l'argent.

Entendons un momenl la liberté dans le Bons poétique, méinplioriqtie ci -ii ■ i r.i \ .ipiH-, qu on lui prélo.

Combien y n-l il de gens qui aioul un besoin réel de lu libi rté ?

l'un, combien serait-ce atilrechosc qu'un couteau dan9 losmaiUsd un enfant, qui ne s'avise de s'en si rvîr a pel r sa p immo que lorsqu'il n'a plus dé doigts a couper avei

Quoi île si tyrannique que la liberté? Brunis lue ses lils en I honneur de la libi rté. Quel despote le lui eûl jamais demandé '

Je préli rerais toujours le joug d'un despotisme quelc pie au joug tir

la liberté.

Le despotisme esl considéré par celui même qui l'exerce ou comme ,m droit, mi < omme une puissance acquise par la force el nalurelleraenl odieuse :

Comme droit, ainsi que toul droit, il a des limites hors desquelles il cesserail d'être Comme puissance odieuse, il y a une gontte qu'il ne faut pas lire dans la coupe, sous peine de la laire débordei .

Mais pour la liberté, quoi qu'elle fasse, elle passe toujours | • une

vertu; il n'y a rien de si effréné qu'nne vertu; elle prend ses plus fuuestes ou gi otesques exi i s pour un progrès.

Combien de dupes livrent leur vie à des fripons qui n'ont de pouvoir tur eux que par certaines paroles magiques !

Paroles qut, semblables aux corps matériels, sont plus sonores à proportion qu'elles sont plus creuses.

0 douce liberté ! je t'invoque à mon tour, et je fais des vieux que je le prie d'exaucer :

Donne-moi une petite maison au bord de la mer, juste de quoi me loger, avec mon chien, cl une chambre qui attendrait toujours uu ami, — qui ne viendrai! peut-être jamais :

Donne-moi la force de rester riche par l'absence des désirs ; libre par l'absence des besoins.

Il ne me faudrait plus que le spectacle de la mer, les magnificences du ciel et du soleil, le silence des bois, la méditation, le souvenir, la paresse.

O liberté, ne me donne rien de tout cela.

Divinités, qui pOuves donner, ne donne/rien à l'homme de ce qu'il demande: n'ayez pas la cruauté d'accomplir ses vœux.

« Le bonheur esl quelque chose qui fuit devant nous et qui ne se manifeste que par la poussière que font lever ses pieds. »

Que demandai-je doue lotit à l'Heure, moi qui mourrais d'ennui el de chagrin, s'il nie fallait renoncer à passer presque chaque jour dans une certaine rue de Paris, triste et fangeuse, où est caché lotit ce que j'espère do bonheur?

Hugues, après avoir relu le matin des vers dans lesquels le poète annonçait qu'il ne céderait pas aux agaceries de la fortune, qu'il ne donnerait pas pour les trésors de l'iutus sa chère liberté, alla le soir au bal.

Une fois arrivé au réel de la vie, on découvre que c'est une chose assez insignifiante qu'une très-jeune fille; que l'amour qu'elle ressenl n'est qu'un instinct secret pour le sexe, et que le hasard seul vous en a rendu l'objet, sans choix, sans discernement.

Mais ce qu'on ne me contestera pas, c'est qu'à aucune autre époque de leur vie, les femmes ne sont aussi propres à inspirer des idées d'amour, d'imagination cl de poésie exaltée, — peut-être à cause même tie celle insignifiance dont nous avons parlé. — Les choses finies, en général, n'émeuvent pas l'imagination; — comme certains oiseaux , elle meurt aussitôt en cage. Tout ce qui tend à la circonscrire lui est funeste. — Ainsi reproduisez sur la toile le paysage qui vous aura le plus séduit ; peignez non-seulement les objets, mais leur àme; non-seulement la forêt, mais son silence el le parfum des chênes; le ruisseau et son murmure qui le trahit sous l'herbe ; le soleil et sa douce et pénétrante chaleur, — quelque heureuses qu'avaient été vos inspirations, quelque vraie que s'en présente la traduction, vous pouvez lout détruire en y ajoutant un coup de pinceau ; mettez un personnage quelconque dans le tableau, vous avez ejfacé loul le vague du pay sage qui taisait rêver. — Un des glands charmes de la campagne et de là nuit, c'est la solitude; c'est la certitude de n'avoir à partager avec personne les sensations que l'on reçoit; — e'esl de pouvoir mêler ses propres souvenirs, ses regrets, ses espérances, aux imposantes harmonies de la nature; — c'est de faire en imagination délier certains cheveux à cette fraîche brise; c'est d'attribuer le pai fum qu'elle vous apporte à celui si connu de nous qu'elle a pris en s'y jouant. — Celte mousse , il ne faut pas qu'elle garde même sur sou velours vert la trace d'un pas; car cette empreinte pourrait ne pas s'adapter exactement à certains petits pieds.

La très jeune fille est une glace dans laquelle se réfléchissent tontes les impressions; elle semble faite d'une nuée, tant elle est frète, tant ses formes sont encore indécises et peu arrêtées; l'imagination peut alors se donner carrière et nous la faire voir précisément telle que nous la voulons; il semble qu'appelé au conseil de l'ieu, nous assistons à la er ial;uu de la femme, et que nous avons quelque droit de faire éi ouler notre voix.

Nos dé ii - pour la jeune tille oui un \ agite qui leur ajoute un charme indicible : nous disons un loul délii ieux do ce qui nous plaii en elli cheveux nous ol ses ml loi- d ici rose -i frais, semble m également faire partie d'elle; sa robe blanche est pour beaucoup dans I amour qu'elle nous inspire; - celte robe blanche dont notre imagination ne la i

jamais : car, a no- yeux, son corps est de gaie blan- lu cl -e , piedfl dé salin blanc.

Je repousse depuis cinq minutes une i omparaison qui paraîtra bi ou grotesque, parue que la vérité en ri pose sur un go II ponl être excrp-

lioi I, mais je sais quelqu'un qui pan ii,elc'csi

pour ce quelqu'un que je fais ma comparaison. Tu sais le plaisir que donne la vue d'une grande quantité de papier blanc ; que de belle se- on \ voit ; toutes ces rêveries, sans mois pour les peindre, semblent s'v reproduire d'elles-mê s avec buis suaves el splendides i oulcurs.

Eh bien ! il y a dans la jeune Mlle, lout le charme que n au- trouvons dans li' papier blanc.

A celle indécision dans ses l'or s, il semble qu'à l'heure où le vapeurs de la nuit, après s'être parées pour nos songes de form - el de couleurs diverses, remontent au ciel former les nuages qui voni rcflélci les rayons roses de l'aube; un de ces rêves tombé de la robe étoile di

la nuit, s'esl condensé à l'air frais du matin.

Rêvons à la vue des jeunes filles, mais désirons-les assez longtemps p un- ne les obtenir que lorsqu'elles amont acquis lout ce que leur prête notre imagination : du cœur, des formes ci des sens.

Qu'elles sont heureuses au bal, toutes ces jeunes Mlles! que de force d'âme et de corps elles emploient à la danse ! toute leur vie esl là. — Cette àme qui se divisera plus lard entre tant d'amour, entre tant de douleurs; ce corps qui s'épuisera à veiller près d'Un enfant malade tout ce qui sera Suffisant plus laid pour ton- les devoirs, toutes les mi lus, tous les bonheurs, toutes les souffrances, tout cela est consacré à la danse.

Aussi comme elles Sôiil légères, c e elles glissent eflledrant à peine

le parquet que leurs petiis pieds ne semblent loucher de temps eu temps que pour marquer la mesure!

Ces Heurs, ces gazes, ces ruban-, ces veux baissé-, d'où la joie el le bonheur s'échappent, cette musique ! tout cela se confond, forme un tout délicieux, enivrant.

Voilà la femme, ne la laissons pas se mêler à la prose de notre vit : ne la laissons pas souiller ses pieds dans la fange de nos rues, ce Serait faire comme ce»magiciens peu sorciers qui, pour obéir à certaines sympathies mystiques, enchâssent les émeraudés dans du fer ; — enchâssons les émeraudés dans l'or.

Pt pensons que les pieds des femmes doivent ne se poser que -ur le-, lapis moelleux de l'Orient, ou sur les tapis de mousse et de violettes des bois: que leurs mains inaclives doivent rester effilées et blanches, qui les femmes doivent vivre entourées de (leurs et de parfums, auxquels se mêlent leurs douces baleines.

Leurs affaires doivent être des bal- ; leurs jours doivent être des fêtes; leurs joies, l'amour; leurs peines, l'amour.

C'est ce que pensa l'étud 'ani ; c'est ce qui le lit rentrer à sou quatorzième étage, le cœur navré et découragé.

11 se représentait Thérèse obligée, par l'exiguïté de leur fortune, de s'occuper des soins du ménage'; ses mains perdant leur éclat et leur douceur ; il la voyait à pied dans une rue, et, au milieu de la foule, exposée à la fatigue des rues et aux regards des passants.

— Oh ! se dit-il, je n'épouserai pas Thérèse ; il faut enchâsser lémeraude dans l'or.

L'oncle d'Amérique,

« Mon cher neveu,

« Tu avais à peine trois ans quand j'ai quille l'Europe ; aussi n'e-l-, e pas par suite du souvenir que j'ai gardé de loi que je t'écris de préférence à tout aulre de nos parents ; je ne sais si lu es blond ou brun, brave ou mauvais garçon : mais je suis parti brouillé avec Ion père i I comme, après vingt ans passés loin de mon pays, de mes parents et de mes amis, je prends le parti de venir Muir pies de vous une vie trop acilée, j'ai cru devoir m'adresser à toi pour que tu prépares ton père el la mère, ma sœur, à mon retour imprévu. Ces vingt années se sont pal pour moi dans les travaux el les préoccupations du commerce et des affaires d'argent ; il esl temps de me reposer cl de ne plus user ma vie à la poursuite de ce vil métal que l'on appelle l'or. Nous v.o non- sep îcrons plus; je t'écris du Havre où j'arrive par un paqueboi qui m'ap-

porte d' Amérique ; dans quelques jours, je serai auprès de toi, je le dirai p it quel basard j'ai appris lou séjour et ion adresse à Paris. ■ ton onde, « Jeo 1-eci.erq.»

Hugues tut pris d'un grand saisissement à la lecture de cette lettre; il la relut dix fois de suite, s'arrèlanl sur chaque mol el le commentant.

— allons, dit-il, voici uue bonne chance qui se présente, voici venir un oncle .1 héritage, un ouclc d \méi iqiie. Parti depuis vingt ans, il doit avoir une immense fortune, ainsi qu'il le laisse entrevoir eu parlàul des occupations qui oui rempli ces Niu::i années.

— Non, il laul que je lui trouve un logement.

— Kh bien ! nous le chercherons ions ensemble après déjeuner.

— Garçons, dos huîtres et du vin de Sauteruc, première qualité.

— Un oacle d'Amérique! alors adieu aux pinceaux et à la palette, adieu a l'atelier ci aux beaux-arts.

— Nullement; d'abord mon oncle n'est pas forcé de m' enrichir, surtout de son vivant : et d'ailleuis c'est par goût, par passion, par enlrainement, par vocation, je l'espère, que je nie suis l'ait peintre.

— Garçon, il n'y a plus de vin.

— Hugues, te voilà riche, tu vas méconnaître tes amis.

— Moi, vous me connaissez mal ; noire amitié m'est aussi chère que la peinture, mes amis, mes lions amis ; j'aurai toujours mon atelier : seulement les cigares seront de meilleure qualité, et nous fumerons du labac du Levant dans des pipes d'ambre.

— (iarçon, du vin !

— liai cou, que les mets les plus savoureux paraissent !

— Messieurs, que faut-il vous commander?

— Me m'enlends-lu pas; je le dis de couvrir cette table des mets les plus exquis.

— Nous avons en poisson du turbot, des soles.

— Apporte tout ce que lu trouveras de mieux, et ne nous laisse plus manquer de vin.

In tjucs rjuitlaul Thérèse

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