ACTE TROISIÈME
Une Mlle commune dans un bùiel de Baveno, an bord du iac Majeur. SCÈNE PREMIÈRE,
BERTHE, BAGHU. (Berthe, assise derant une table, est occupée à écrire. Bachu, debout près de la croisée, tient à la main un journal qu'il parcourt. — Moment de silence *.
BACiïJJ.
Rien, rien au monde n'est plus bavar4 qu'une fernine!
berthe.
Vous êtes injuste, cher ami, voilà* plus d'une heure que nous ne nous sommes rien dit.
BACHU.
Et voilà près d'une heure que vous bavardez, sous prétexte de correspondance, avec une feuille de papier h lettre;.
BERTHE
On a tant de choses à dire aux absents!
bachu.
Qu'on ne dit rien à ceux qui sont présents.
Jaloux!
BACflU.
Oui, jaloux! vous écrivez quatre grandes pages sans prononcer quatre mots, et vous forcez un honnête homme, qui n'est pas anthropophage, à dévorer un journal italien qui préfère Alfieri à Schiller! Aussi, me suis-je décidé à le lire à l'envers pour y trouver quelque chose d'original *\
BERTHE
Sôit, je n'écrirai plus.
BACHU.
Serment de Se vigne!
BERTHE
Mais si ma tante se plaint de mon silence...
* Be. Ba.
** Ba. Be.
BACHU.
Je lui tiendrai ce discours : Madame, Berthe voulait vous envoyer quatre pages; mais moi, son ami, mais moi, son médecin, je m'y suis opposé, parce qu'il faisait un temps à envoyer les plumes et les malades .promener; je lut ai dit que lorsqu'on est en Italie, aux bords du lac Majeur, on n'écrit pas, on se promène!... Une barque nous attend, risquons un tour sur le lac.
BERTHE
Une promenade sur le lac? et qui conduira le bateau?
Un Monsieur qui n'a fait que cela toute sa vie ! qui a sacrifié sa jeunesse, sa fortune à la navigation! moi, en un mot! Pour être sincère, je n'ai jamais touché à une rame et ne me suis livré à la navigation que sur le bassin des Tuileries quand j'étais beaucoup plus jeune; mais je dirai tout cela à votre tante pour la rassurer..! vous comprenez?
BERTHE
Mais moi cela ne me rassure pas du tout!
BACHU.
Je suis certain de m'en tirer avec de la prudence; et nous serons très-prudents!
BERTHE
Ah! bien obligé, docteur, les bains froids ne me sont pas ordonnés.
BACHU.
Ils ne vous en feraient que plus de bien, étant pris comme partie de plaisir, et non comme remède.
BERTHE
Mais je me porte à merveille, maintenant, grâce à vous, grâce à ce voyage, à cet air chaud et pur, grâce à mes bonnes promenades dans les champs. Oh! la campagne! C'est que j'en suis folle? Les créations préférées de Dieu, ses parfums les plus suaves, ses regards les plus féconds sont là, et involontairement on se sent plus près de lui. Le paradis, j'en suis sûre, est un jardin en fleurs et l'enfer une grande ville.
BACHU.
Sur quelle édition de Florian avez-vous marché ce matin?
J'ai marché sur des souvenirs ; aussi, je l'avoue, je me sens
harassée. (Elle s'assied à droite.)