‹ Le Chemin no 107Chapitre 12 sur 25 · I.K CHK>fIN N · texte numérisé non relu

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A TarentonnensiuDi incurbione libéra nos. Domine! Mon cher ami, je finirai par établir dans vos bureaux, à Tarentonne, une succursale de mon cabinet, oîi l'on délivrera à vos administrés, dès leur départ pour Paris, et sous condition de ne point se présenter chez moi, tout ce qui peut contribuer à leur bonheur : des billets pour visiter la girafe, les Gobelins, les tours de Notre-Dame, le Père-Lachaise, la Chambre des députés et l'égoul collecteur; des renseignements sur tout ce qui les intéresse; des recommandations signées en blanc relatives à toutes les places et à tous les secours qu'ils sollicitent.

Mais tout ce qui précède est verbiage et digression. Ma lettre est intéressée, mon cher Sous-Préfet; je viens bien humblement implorer votre appui. Vous savez que mon brasseur d'élection dans le canton de Mannecoul, spécialement pour la région de Saint-Marcel et Bocé, est le ca-

baretier Beauvoisin. J'ai reçu hier de sa prose, et j'ai tressailli d'aise en constatant qu'il ne me chargeait pas de ses emplettes de irois-six et de petit-bleu, mais qu'il demandait simplement un appui pour le classement d'un chemin. Le point de Tarrôndissement que j'habite est bien éloigné de Mannecoul, et il est capital pour moi de m'attacher irrévocablement dans ce canton un agent aussi actif, aussi remuant que Beauvoisin. Je tiens d'autant plus à conserver une tête de colonne en ces contrées-là, que j'ai rompu depuis peu avec le marquis de Flammeray et que même celui-ci n'aurait pas caché son désir de me supplanter aux prochaines élections. S'il ose tenter l'aventure, il peut être certain d'nn échec : premièrement, parce que je suis décidé à faire sauter s'il le faut, pour ma réélection, jusqu'au dernier des écus amassés par feu papa dans l'exportation des chanvres ; secondement,

parce qu'étant jeune et point mal tourné, j'ai pour moi toutes les femmes de l'arrondissement, ce qui est énorme. Il est vrai que Flammeray aura pour lui sa femme, ce qui est beaucoup, je le sais pertinemment ; très forte cette femme-là, mon cher, croyez-m'en sur parole, étonnamment forte! Mais j'ai possession d'État, je suis à détrôner, et par conséquent dans 'une position plus favorable pour la lutte que mon adversaire. Cet avantage, d'ailleurs, ne doit me faire négliger aucun des petits moyens usuels; voilà pourquoi je veux garder Beauvoisin dans mon jeu.

C'est un bavard et un ivrogne; je le crois, de plus, peu scrupuleux, ce qui complète ses aptitudes comme courtier électoral.

Les mauvaises langues assurent qu'aux dernières élections du conseil général il aurait lâché Flammeray, qui lésinait sur les prix, et ainsi contribué au succès du candidat radical. C'est fort possible; c'est

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même infiniment probable. Mais, moi, je n'aurai pas à craindre sa désertion pour pareil motif; car, je le répète, quand même je devrais me réduire à vendre la Griffardière, malgré les riants souvenirs et les folichonnes images dont pour vous, pour moi, pour tous les petits camarades, cette demeure est remplie, je n'hésiterais pas : je suis décidé à payer mes aboyeurs deux fois plus cher qu'aucun de mes concurrents ne le pourra faire. Donc, Beauvoisin m'est nécessaire.

Aujourd'hui, il veut son chemin; Courtaville, au nom de l'amitié, donnez-lelui. Il est absurde, ce chemin; il est ridicule, inutile, nuisible; je n'en sais rien; peu m'importe; mais il le faut au Beauvoisin de mon cœur ; il se fera, il est fait, n'est-ce pas? Merci. Tout à vous

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