‹ Le Chemin no 107Chapitre 14 sur 25 · I. F. C II K M I N .N · texte numérisé non relu

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— Ah! ce n'est-il que cela, mes enfants? Cela m'est bien égal, d'abord à moi !

Qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse?... Ah çà, parce qu'on a été aide-cantinier à la 7^ du S*^ du 43*=, parce qu'on sait un brin compter, parce qu'on a eu l'iionneuid'être deux fois appelé dans le cabinet de M. le sous-préfet, on n'est pas un de la haute, on ne peut pas vous faire classer votre chemin! autant me demander le Pérou, mes enfants!

— C'est pas tout cela!... 13eauvoisin, on sait ce qu'on sait! Tu as dans la manche notre député, et puis tu fournis le vin d'office au château de la Glanderaie. et puis tout le monde sais ])ien que lu es un lapin... Tu n'as qu'à vouloir!

— Mais, malheureux, votre chemin, il va me nuire, vous entendez bien! Car enfin une supposition que quelqu'un va de Saint- Marcel à Bocé par les terres; eh bien, ici près, à la passée du Ballut, c'est bien

rare s'il ne s'y casse pas quelque harnais, une roue, une côte, un bras; cela fait un émoi, on va, on vient, on crie, on boit, et où boit-on, mes gars? à la Croix-Maudet, n'est-ce pas ? Ce sont là les petits profits du papa Beauvoisin. Je ne désire le mal de personne, oh! non, bien sûr! mais enfin il faut bien vivre, n'est-ce pas? Mettez, au contraire, ([u"on vous rende le chemin bien coulant, bien uni ; qui est-ce qui s'arrêtera à la Croix- Maudet?... Tenez, vous m'écœurez, les gars! — Simonne, une quatrième!

— Cela est vrai, Beauvoisin, cela va te nuire! cela te nuira! Mais, d'autre bord, c'est bien commode, les bons chemins!

— Dame! je ne dis pas non!

— Tout le pays le demande, celui-là.

— Possible!

J'aurais ainsi bjudé longtemp.? ; n'était que Simonne (c'est vraiment un ange, cette femme-là. un ange méconnu, un anue

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l)allii, niais un ange lout de nièinc) nie lit lionle de mon égoïsme; je compris, en écoutant cette femme héroïque, le bouquet du dévouement et le velouté du sacrifice. Tant il y a que, topant les mains aux camarades, je leur dis finalement :

— N'ayez crainte ! C'est ma mort et ma ruine, que ce chemin 1 Eh bien, il ne sera pas dit que, dans les vues d'intérêt, je combattrai le bien de la commune et que je contrarierai les amis!

Et, dès là, mon sous-préfet, je me jetai dans le classement comme feu saiiif Hégrodon se jeta dans la fournaise! J'ai l'ecruté des adhérents, j'ai fait rédiger la pétition par un commis de la recette particulière à Taren tonne, je l'ai fait signer, et vous avez vu même que j'ai obtenu l'appui de i\I. le marquis.

Mais, si Ton veut que je me sacrifie ainsi au bien public en plaidant pour un chemin qui me ruinera, on ne peut pourtant pas

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exiger que je paye de mon pauvre argent le couteau qui doit me tuer. Or, c'est ce qui se passe, c'est ce qui va se passer, mon Sous-Préfet, et voilà précisément de quoi je comptais vous causer en allant frapper à la porte de votre cabinet.

Oui, c'est à n'y pas croire, on clabaude méchamment contre moi, qui marche tout innocemment et qui vais droitement sans nuire à quiconque... Ils osent prétendre (vous n'y pourrez croire) que le terrain devant mon chétif cabaret, terrain qui servira naturellement à élargir et améliorer en cet endroit le chemin projeté... doit être |)ar moi gratuitement concédé!!! et cela, sous prétexte que tous les autres propriétaires, le long du nouveau tracé, promettent l'abandon gratuit de leur sol ! I !

Ainsi donc, non seulement on m'égorge, cela je ne m'en plains pas, puisque, dans ma sottise et mon désintéressement, j'y

ai prêté les mains, mais il faut encore, et en plus, que je fournisse même mon terrain!!! Ah! pour cela, non ! Ils peuvent se fouiller, les gars ! On m'achètera mon terrain et on me le payera rubis sur l'ongle. Le martyre a des bornes, n'estce pas? C'est celles où l'on deviendrait bète! Aussi, moi, je n'en suis plus du tout! J'ai toujours été le vrai mouton tondu. Ainsi je me souviens qu'aux dernières élections pour le Conseil général, M. le marquis m'avait prié, en ami, d'arroser un peu sa candidature : j'obtempérai, j'arrosai, je versai sans compter, tellement qu'aux approches du grand jour, Simonne (la clirre ange!) me révéla que j'y étais de mon argent! Oui, Monsieur, de mon pauvre argent à moi! J'avais inconsidérément dépassé de trois barriques le crédit que m'avait ouvert M. le marquis ! Aussi mon zèle, vers la fm, se ralentit, je l'avoue... Mais, enfin, avais-je été assez

godiche! L'avais-je assez été, je vous le demande ! Eh bien, c'est là mon caractère... On connaît ma bonhomie, on en abuse! Mais, cette fois, je me mutine : on me payera mon terrain !

Et, maintenant, com])ien le payera-t-on?

Ah! voilà le hic... Je sais bien que ce n'est pas vous, mon Sous-Préfet, qui i-églez ces questions-là ; mais il ne me j)araît pas mauvais de vous donner un aperçu de la chose : je sais ce que parler veut dire.

Donc combien me payera-t-on? On me prend sept mètres carrés, n'est-ce pas?

Je serais assez d'avis de baser l'estimation de ce terrain sur le revenu que j'en tire annuellement. Le seul jour de l'année où ce terrain soit utilisé, c'est celui de la fête de saint Hégrodon. En cette occasion-là, on dispose sur cette herbe des ta])les et des bancs, puis tous les gars viennent s'ébattre. Or, j'ai retrouvé, non

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dans mes comptos, mais dans la mémoire de Simonne, le plus sûr des grands-livres, que je fais en moyenne, ce jour-là, deux cents francs d'affaires. Ce serait donc au taux légal de 6 pour 100, six mille francs environ que représenteraient mes sept mètres. Je ne doute pas que vous ne soyez surpris de la modération de mes calculs ; mais c'est que je ne veux pas faire de ce marché une espéculation : à chacun son dû.

Mon Sous-Préfet, je vous offre ma considération. Quand donc qu'on vous verra par chez nous?

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