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lés nations, celle qui paraît connaître les moins cruelles au double point de vue économique et social. Par dessus tout, il nous faut être convaincus que, de notre courage à surmonter les difficultés présentes sans recourir à des anesthésiques capables de ruiner à tout jamais notre organisme, dépend notre prospérité future et définitive. Résistons donc aux suggestions de certains créanciers de l'Etat ou des guérisseurs à courte vue, lorsqu'ils nous suggèrent des remèdes si dangereux.
Il faut y prendre d’autant plus garde que les conséquences matérielles inévitables de l'inflation fiduciaire sont décuplées, hâtées et pour ainsi diré précédées par son effet moral. L'influence du bilan hebdomadaire de la Banque de France est à cet égard évidente. Lorsque les opérations qu’il enregistre paraissent défavorables pour le crédit de la France, l'effet psychologique produit se traduit immédiatement dans la pratique par une chute brutale du franc et par tout l’ensemble des suites fâcheuses qu’elle entraîne.
Certains, à la suite de M. Gide, proposent un moyen radical pour écarter ce danger : «Si le bilan est angoissant, disent-ils qu’on ne le publie pas ». Il est à craindre, en ce cas, que le remède ne soit pire que le mal, l'absence de renseignements précis permettant les plus fâcheuses suppositions.
Ce qu’il nous faut retenir de ces faits, c’est le
péril que l’Etat fait courir à tous les citoyens lorsqu'il a recours aux assignats pour résoudre les difficultés financières. Mettons toute notre énérgie à rechercher, pour atténuer la crise, des remèdes évidemment moins faciles à imaginer et à employer mais qui, bien que moins efficaces à première vue, le soient en réalité davantage. Le billet n’est jamais qu’un palliatif toujours dangereux. En tout état de cause, 1l remédie seulement dans une faible mesure au défaut de moyens métalliques. De plus, sa manutention, quoique plus aisée, n’en est pas moins dépourvue de sécurité, puisque son possesseur est à même d’en user sur le champ, quel que soit le procédé par lequel il est entré en sa possession.
Enfin, le billet seul, ne permet précisément pas d'utiliser le procédé imaginé pour faire disparaître ces risques et grâce auquel les mouvements réels d’espèces monétaires sont presque entièrement supprimés, ce qui facilite grandement les échanges de place à place et de pays à pays : nous voulons parler du règlement des comptes par compensation. Aussi, comme le dit Paul Leroy-Beaulieu (Traité théorique et pratique d'économie politique 2€ édition t. III p. 638) : « Les billets de banque, après avoir éco- «nomisé la monnaie, finissent eux-mêmes par « céder en grande partie la place à des procédés «plus perfectionnés dé paiement. C’est ce qui
«arrive du moins dans tous les pays où l’organisme «des banques est souple, actif et où la population «est éveillée ».
Parmi les procédés auxquels fait allusion M. Leroy-Beaulieu, le chèque vient au premier rang. Son emploi généralisé permettant d’effectuer des échanges de plus en plus considérables, sans qu’il soit nécessaire de mettre en circulation une quantité proportionnelle de numéraire, paraît être le moyen le plus efficace pour éviter la trop grande multiplication des billets. Il est émis par le public, il ne peut être créé par le tireur qu’à la condition, sine qua non, qu'une provision disponible et préalable existe : la surémission est donc impossible.
Comme il est également l’organe type du réglement par compensation, son intérêt, déjà grand lavant les bouleversements de ces dernières années s’est accru encore depuis en raison des mouvements financiers considérables entraînés par la guerre.
S'il était utilisé aussi fréquemment qu’il peut "être, de nombreux billets devenant disponibles, la Banque de France pourrait faire des avances à l'Etat sans, pour cela, en émettre de nouveaux ; nos moyens de paiement s’en trouveraient augmentés, notre monnaie nationale serait moins instable et nous verrions s’aplanir pour elle la route du retour progressif vers sa valeur d’antant.
M. Charles Gide, dans une lettre adressée à l’Ins-
titut des Sciences Sociales de Bruxelles, va jusqu’à envisager la possibilité de supprimer presqu’entièrement la monnaie de papier. Il y démontre puissamment les avantages que trouverait le pays dans l'emploi généralisé du chèque. En voici le passage essentiel : « Si la monnaie de papier a l'avantage « d'économiser la monnaie métallique, ce n’est « qu’au prix de graves inconvénients et même de «grands dangers. Si donc on pouvait trouver « quelque moyen d'économiser la monnaie métal- « lique sans recourir à ce dangereux expédient, ce « serait, certes, un grand bienfait. Or, ce moyen «existe ; il est à la fois beaucoup plus radical et « beaucoup plus moffensif. Il consiste tout simple- « ment, non point du tout à remplacer un instru- «ment d'échanges coûteux par un autre qui ne «coûte rien, mais à supprimer tout instrument « d'échanges.
« Supposons que tous les Français, sans excep- «tion, aient un compte ouvert dans une même, « maison de banque qui sera chargée d’encaisser, « pour chacun de ses clients, toutes leurs recettes, « qu’elle porte à leur débit. Cette hypothèse est du «reste, à peu de chose près, réalisée en Angleterre «où tous les Anglais appartenant à la classe riche « ont un banquier chargé précisément de faire pour «leur compte cette double opération. Il est vrai «qu'ils n’ont pas tous le même banquier, mais
« comme les maisons de banque de provinee sont «toutes en comptes-courants avec les grandes «banques de Londres et comme celles-ci à leur «tour, ont toutes un compte ouvert à la Banque « d'Angleterre, la situation, quoique un peu plus « compliquée, revient en somme au même. Dans «une semblable organisation, on pourrait suppri- «mer la monnaie jusqu’au dernier centime ».
Il est certain qu’en Angleterre le stock monétaire, soit en métal, soit en papier, est infiniment moins important qu’en France et c’est une des raisons pour lesquelles la livre sterling fait prime sur le franc. On ne peut guère nier que la monnaie ne soit une marchandise comme une autre et que sa valeur ne diminue à raison de son abondance.
Néanmoins, une réserve métallique peut être appelée à rendre les plus grands services lorsqu'il s’agit en temps de crise, en temps de guerre notamment, de couvrir des achats importants obligatoirement effectués à l'étranger. L’or de la Banque de France et le fameux trésor de guerre de Spandau furent en grande partie rassemblés dans le but de fournir en cas de conflit les ressources nécessaires. Aussi fut-il objecté parfois aux partisans de la généralisation du chèque, que la réussite de leur théorie présentait un grand danger pour la défense nationale ; ces stocks devenus inutiles en tant que représentant la monnaie de papier, leur