‹ Le Chèque et la Déflation MonétaireChapitre 4 sur 29 · M AE · texte numérisé non relu

M AE

exportation serait tentante, Îl est aisé de répondre à cette objection car elle suppose un état de choses pratiquement tout à fait improbable. Avant même que la grande guerre ne survienne, il était difficile d’escompter que le chèque parvienne jamais à se répandre au point de justifier cette crainte ; elle ne saurait désormais subsister. L’excédent de nos billets est tel que bien des années passeront sans aucun doute avant que soit rétablie la proportion normale entre eux et le métal qu’ils représentent.

On a dit également, et ceci rentre dans le même ordre d’idées, qu’en répandant l’usage du chèque, pour éviter un risque on tomberait dans un autre car le privilège des banques d'émission serait menacé. Cette aflirmation n’est pas sans fonde-

ment, car il existe un antagonisme réel entre le

chèque et le billet de banque, l’histoire et la statistique le démontrent. Dans les circonstances actuelles, cette objection est aussi dénuée de valeur que la précédente car les billets sont émis en telle quantité que même les banques qui jouissent de ce privilège s’en émeuvent à juste titre.

Quoi qu’il en soit, et si le chèque parvenait à se répandre, il ne pourrait probablement pas détrôner entièrement le billet, nous ne poursuivons pas un but aussi grandiose, mais il restreindrait peut-être cette inflation fiduciaire dont les effets apparaissent aujourd’hui si redoutables. D’ailleurs; à sup-

poser qu’elle puisse être jamais appliquée intégralement, la théorie séduisante de M. Charles Gide demanderait, pour entrer dans la pratique, une très longue adaptation de nos mœurs. Le grand mérite de son exposé est de mettre en évidence les services considérables que les règlements par compensation sont à même de nous rendre. Nous pouvons, nous devons tenter de les intensifier.

Il est fait à l’endroit du chèque une autre critique basée sur une constatation indéniable : « C’est un « procédé dangereux, dit-on, pour celui qui utilise, «car 1l en détache de son carnet beaucoup plus « facilement qu’il ne sortirait des billets de banque «de son portefeuille. De plus, il inscrit sur ses « coupures des sommes élevées, sans beaucoup plus «de difficulté que des sommes peu importantes, « son débours lui apparaît de façon moins évidente, « bref, 1l est aisément porté à la prodigalité ».

Chacun peut faire cette expérience pour son propre compte, même à ses propres dépens. Mais ceci dit, peut-il en être fait état contre le chèque ? Rien ne paraît justifier cette interprétation. Si les particuliers, en adoptant ce moyen de paiement, dépensent davantage et lancent dans la circulation des sommes plus élevées, les transactions s’intensifieront et c’est un résultat conforme à l'intérêt général. La ruine de quelques membres de la collectivité n’est certes pas souhaitable, mais ceux

Page 1