‹ Le chercheur de taresChapitre 20 sur 34 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

à cette maussade soirée. J'entendis, montant de l'étage inférieur, un bruit de pas, de pas qui se précipitaient, s'arrêtaient, se précipitaient encore. Il y eut aussi des retentissements de choses lourdes jetées ou traînées sur un plancher; et, une fois, et une autre fois, des sanglots, brefs, par saccades rauques, des râles. Qui donc logeait au-dessous de mon lit? Ah! oui, précisément, Gravache. J'écoutai plus fixement. C'étaient bien des sanglots, des sanglots, des sanglots encore, et, par instants, un long geignement comme de bête égorgée. Mes compagnons, endormis, ne bougeaient pas... Un autre geignement fut plus désespéré, plus déchiré encore. Je me levai, m'habillai à la hâte. Aucune pitié pour ce misérable, mais une curiosité de savoir pourquoi il se désolait ainsi. Je descendis, à tâtons. Devant sa porto, je prêtai l'oreille. Ah! que sa voix était horriblement plaintive. Je tournai le bouton, j'entrai.

Entre des malles çà et là, à côté d'une lampe, il était assis, tout habillé, sur le bord du lit.

En me voyant, il se dressa, recula, s'appuya à la muraille, les poings à la poitrine, tremblant.

Je demeurai très surpris. Jamais, sur une face, je n'avais vu se manifester une si profonde, si intense, si effrayante, si définitive désespérance. Et de ses rouges petits yeux sortait par sursaut une larme, une larme, une larme, suintement, rythmé de petites plaintes, de quelque fétidité intime, et douloureuse, qui bat.

Il me dit :

— Ne me faites pas de mal. Vous voyez, je me dispose à partir. Je m'en irai demain matin, avant que vos amis soient levés. D'ailleurs, ça ne vous servirait à rien de me maltraiter. Arrivera l'inévitable. Nyx me l'a dit encore, il y a un instant. Il était là, oii vous êtes. Si vous étiez venu un peu plus tôt, vous l'auriez vu. Je croyais lui avoir échappé, en fuyant de chez le docteur Lecauchois. Mais il m'a poursuivi, il m'a retrouvé. Il reviendra avant le jour, pour prendre mes bagages. Car il est mon domestique, mon tout petit domestique, quand il n'est pas mon maître. Il m'a dit : « Ce sera bientôt le temps de mes noces avec Baubô, avec Baubô, qui, la nuit, se plaint vers moi, en deux larmes sonores. Elle est assez parée, maintenant, grâce à toi, pour la -fête du mariasse; et toutes les extinctions

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