PROLOGUE
seront nos torches nuptiales. » Vous ne comprenez pas? vous ne pouvez pas conaprendre. Vous ne savez pas ce que je suis ! Laissons cela, laissons cela, et pardonnez-moi ce que j'ai dit, tout à l'heure, à table, j'ai eu tort de parler. Je le sais bien, je le sens bien. Mais ce n'est pas de ma faute, je ne pouvais pas faire autrement, jamais je ne peux faire autrement ; il faut me pardonner, je suis si malheureux, si malheureux, vous ne pouvez pas deviner! Mais je ne vous ferai plus de mal, puisque je m'en vais. Et je voulais vous laisser quelque chose, à vous et aux autres, pour que vous me compreniez. Puisque vous êtes venu, je vais vous remettre...
D'un tiroir de commode, il tira un paquet,
comme de livres carrés l'un sur l'autre. Il
déchira le papier qui enveloppait. J^ vis
des cahiers, cartonnés, semblables à des
cahiers d'école. Il me les tenditlli y en avait
-■ sept, les uns assez épais, la plupart tout .à fait
i plats. Ils étaient reliés de noir. Il y avait, des-
* sus, des caractères à Tencre rouge, comme
par une diablerie banale. lime mit les cahiers
dans les mains, il me dit :
— Prenez. Vous comprendrez, quand vous aurez lu. Vous verrez, sur chaque cahier, j'ai
écrit un nom, l'un de ceux que vous vous donnez, vos camarades et vous. C'est toute ma vie. J'ai été bien misérable, bien affreusement misérable. Emportez-la. Vous en ferez ce que vous voudrez. Mais laissez-moi seul, il faut que je finisse mes malles. Je partirai, je ne serai jamais plus sur votre route, je m'en retournerai... oii j'étais. Il faudra bien que j'y retourne, il le faudra bien. Je ne veux pas vous dire d'où je viens, oii je m'en retourne, vous seriez trop content. Voyons, à présent, sortez, sortez, allez- vous-en...
Qu'est devenu Arsène Gravache? je ne l'ai jamais su; sans doute, je l'ignorerai toujours. Il doit être mort. Tant de jours se sont écoulés !ll se peut qu'il vive, cependant, très vieux, plus horrible? Peut-être quelqu'un de ceux qui liront les pages suivantes (tantôt le misérable y raconte sa propre vie, tantôt desaven-^ tures, soit imaginaires, soit réelles, oii il ne semble pas possible qu'il ait été mêlé personnellement, mais d'où son esprit n'est jamais absent), se souviendra-il de l'avoir connu, saura-t-il s'il existe encore, -^ ou s'il a fini de soulfrir et quelle fut la fin de ses souf-