PROLOGUE
de maquillages, se prirent de querelle avec les soupeurs de la salle voisine, allèrent sur le terrain, dès le petit jour, en titubant, non de peur, se battirent mal, ivrognes, et, rentrés chez eux, rapportés chez eux, l'ichor leur suintant de la plaie, et la pituite des coins de la bouche, couvent en un mi-sommeil qui se tord pesamment et souffle, l'immonde nuit et l'ignominieux matin! et ils ont peur du réveil, honte du jour. La nation ne voulait pas revivre, se renfonçait dans Topacité de l'abrutissement, préférait même d'afTreux cauchemars, mensonges du moins, à la réalité de son désastre. Des millions de vivants étaient un tas immense de ressorts brisés ! Ne pouvant plus l'amour, ni Fart, ni la gloire, ni même l'espoir, l'homme français fut, une heure de la durée, comme s'il n'existait point.
Quel crime c'aurait été d'offrir à la foule « *
aveulie, et désolée, des spectacles, des leçons, de plus de doute et de plus de désillusion et de plus d'inespérance encore, en les navrants, récits des Sept Cahiers.
Hélas ! nous n'avions pas besoin d'apprendre le dégoût — ni le néant.
Mais une autre ère, aux roses fraîcheurs d'aube, et, déjà, aux vives santés d'avant-midi,
s'est levée et s'éploie. Il semble que la langueur et l'abominable ennui se dispersent comme de vaines brumes. L'activité sort du lit des mauvais songes et des paresses; il y a des frissonnements d'essor, vers où, vers quoi, on ne sait, n'importe, pourvu que les âmes s'ouvrent et palpitent. On dirait que tressaillent dans la société un tumulte et une joie de ruche près d'essaimer! Notre récente humanité a des clameurs et des gestes de mise en marche, la diane a sonné dans les esprits, la jeunesse croit à la beauté et à la bonté de vivre.
Donc, nul inconvénient désormais à imprimer les pages du Chercheur de Tares ; non seulement elles n'auront aucune ralentissante influence sur l'heureux et généreux élan réveillé de notre race, mais, au contraire, par l'horreur d'un lâche exemple, par son naturel effet antithétique, elles stimuleront l'amour à plus de passion, l'espérance à plus de foi, la vitalité à plus de viel C'est pourquoi les Sept Cahiers noirs seront publiés ici.
Maintenant, je vais dire en très peu de mots les circonstances oii j'ai rencontré Arsène Cravache, quel il apparaissait physiquement,