‹ Le chercheur de taresChapitre 6 sur 34 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

total, une immonde et insupportable pécore.

Nue, sous l'or presque pourpre d'une énorme tignasse qui faisait songer à un dais de princesse barbare, elle était sublime, défiait les augustes marbres et le rêve, égalait l'idéal de la perfection.

Cette beauté était sa seule vertu. Elle n'avait d'autre pudeur que sa splendeur. Fière d'éblouir, elle y consentait tout de suite, s'habillait à peine, résblue à se déshabiller tant de fois. Jamais de corset. Dès les mois tièdes, point de dessous ni de bas. Un long vêtement sombre, — sorte de robe de chambre ou de waterproof — d'où elle émanait toute, soudain. Et elle était modèle, même chez les gens qui n'étaient pas peintres.

Je n'étais pas jaloux de Stéphanie. Mais je ne laissais pas d'être surpris qu'elle vînt chez moi un seul jour de la semaine, le lundi. Où diantre allait-elle le mardi, le mercredi, bref, les six autres jours?

Une fois, le waterproof pas encore remis, je l'interrogeai, sans amertume.

— Voyons, expliquez-moi, ma chère Stéphanie...

Elle m'interrompit.

— Dona Juana ! exigea-t-elle.

Avec moi , artiste , elle était litiérairement stupide. Je pense même qu'elle aurait bien voulu me parler anglais. Mais, comme je n'entends pas cette langue, elle daignait se traduire.

— Bien, bien, dona Juana, repris-je, je crois que jY suis. J'ai mille et trois rivaux?

— Non, dit-elle. Mille et trois amants, c'est trop.

— Je l'accorde.

— Et trop peu.

— Peste !

— Belle conime je suis, c'est toute l'humanité virile que ^oit posséder une femme, oui, toute, non pasfen ses innombrables individus, mais en ses plus magnifiques, ses plus augustes, ses plifs exceptionnels exemplaires; et il faut, — à vrai dire, cela suffît — être la maîtresse de Roméo, de Napoléou Bonaparte, de Léonard de Vinci, de Spartacus, du baron de Rothschild, de Swedenborg, et de Jésus-Christ.

— Oh! dis-je, vous n'en êtes pas encore là! Superbe :

— Qu'en sais-tu? dit-elle.

Mais, rhabillée, elle cessa tout à coup de se traduire.

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