ENTRAINEMENT DU CHEVAL DE TROIS ANS
Section I. — Observations générales.
119. — Nous entendons par entraînement du cheval de trois ans la préparation du poulain ayant accompli cet âge et se trouvant dans sa quatrième. Tous les chevaux de course comptent leur âge du 1^^ janvier, et par conséquent tous ceux inscrits comme ayant trois ans sont dans la quatrième année, et ceux de deux ans se trouvent dans la troisième. Si le poulain n'a pas été dressé et entraîné pour les courses de deux ans, c'est à dire s'il a passé sa deuxième année dans l'oisiveté, on l'eutreprend toujours de bonne heure dans sa troisième année, c'est-à-dire un peu avant qu'il perde son poil d'hiver, ce que l'on peut espérer pour mai et juin au plus tard. Si on le laisse au pâturage jusqu'à ce que l'herbe d'été soit poussée, il devient si gras et si empâté qu'il faut des soins extraordinaires pour le mettre en état. Puis, dans le dressage, le poids de son corps use ses membres de la façon la plus fâcheuse. Pour toute sorte de raisons, il faut donc que le dressage commence en mai, et il doit être dirigé sur les principes que nous avons exposés pour le cheval entrant dans sa seconde année et se préparant pour les courses de deux ans. Dans bien des cas un poulain di'essé a^
LE CHEVAL ANGLALS. 13^
printemps peut arriver à être prêt pour une épreuve en public pu en particulier au mois d'octobre, c'est ce dont on profite souvent quand le poulain se montre inaniable, a pris de bonnes allures et la condition du cheval de course. On le traite sous tous les rapports selon les principes ejcposés au chapitre IX, et il faut tout autant de précautions pour le mettre à Técùrie et pur rhabituer à son travail. La seule différence admise est dans le nombre et la longueur des galops d'exercice que l'on peui donner vers la fin de la préparation, cai* au commencement la progression doit être tout aussi graduelle. Les suées du cheval de deux ans pendant l'automne peuvent être plus longues d'un demi mille que dans le printemps ; on peut lui donner un. peu plus de vitesse dans ses galops, quoique la distancé ne doive pas souvent dépasser trois quarts de mille et même doive être
ordinwrement au-dessous Les épreuves se font de la même
façon, mais le cheval d'épreuve de trois ans pourra maintenant rarement donn,er plus de 21 livres aux poulains et 2 stones aux pouliches, car la supériorité de force du cheval de trois ans sur nos poulains est bien plus grande au commencement de l'année qu'en automne. En tenant compte de ces observations, l'on peut considérer comme achevée toute cette partie de l'éducation du poulain. Nous supposons qu'après avoir été essayé il a été trouvé assez bon pour être destiné à une des premières coursée de l'année où il ailra atteint trois ans, comme, pal* exemple, au mois de mars de sa quatrième année. Pour être en état de concourir, il lui faut une préparation d'au moins neuf semaines de travail régulier, divisée comme pour les animaux plus jeunes (qui font l'objet du chapitre IX) en deux préparations, avec médecines comme on les prescrit dans ce chapitre.
Section tl. — Pistes en paille et eh tân.
120. — Comme nous sommes dans la saison des gelées, il est impossible d'entraîner les chevaux sans pistes dont le fond soit la paille ou le tah^ si l'on veut les faire paraître de bonne heure sur l'hippodrome. Même pour la fin de mai, date des courses d'Epsom, il est généralement bon d'avoir recours à ces terrains factices. Pour l'allure extrême avec laquelle on court le Derby et les Oaks , il est rare qu'il faille moins de trois mois d'un travail constant préparatoire, et comme les gelées ne sont pas souvent passées en février , l'on ne peut rien espérer du gazon naturel avant le mois de mars. Souvent même tout le mois
s'écoule sans que Ton puisse exercer les chevaux ailleurs que sur le terrain artificiel, comme cela vient d'arriver dans le printemps de 1855. La piste en paille se fait généralement en étendant la longue litière d'écurie autour d'un grand paddock, mais bien que cela fasse un fond bien supérieur à la terre dure , il n'est pas assez • élastique pour permettre un galop rapide , et les chevaux doivent être tenus à trois quarts de vitesse, et encore souvent s'en dédommagent -ils en glissant ou en tournant sur des angles trop aigus, si l'enclos n'est pas trèsgrand. Toutefois, une piste en tan, établie en permanence sur un terrain de trois quarts de mille en circonférence , permettra de donner toutes les vitesses, hormis la lutte suprême d'une fin de couree, et un cheval peut s'y développer suffisamment pour le travail d'entraînement , en exceptant la préparation finale. C'est le plus grand perfectionnement de l'entraînement dans les temps modernes, et quand lord George Bentinck en fit usage le premier, cela lui donna , au commencement de la saison, un avantage considérable sur les autres écuries. L'on peut cependant mettre en question si ces pistes n'ont pas l'inconvénient de raccourcir la trace du cheval et de nuire à son galop ; pour ma part, je suis assez porté à le croire , et aussi que, tout en améliorant la forme précoce du cheval, ce système nuit jusqu'à un certain point au mouvemement élastique et uni qui est la perfection pour le cheval de course. Il n'y a pas de couche de tan assez épaisse pour détruire l'effet du substratum endurci de terre gelée. Jamais cette substance ne vaudra la motte de gazon élastique pour recevoir et résister au choc des jambes de derrière. Si cette remarque est vraie, il devient douteux que ces pistes soient utiles dans l'ensemble. Mon avis est qu'aucun cheval ne devrait être développé à sa plus grande allure sur le tan si la gelée dure encore, mais qu'on peut l'y faire suer et galoper presque à toute vitesse, pourvu que l'on n'arrive pas jusqu'à r allure extrême.
Section III. — Première préparation .
121. — Supposons que le poulain se prépare à paraître pour le Derby ; il aura été essayé en octobre ou novembre, ensuite laissé un mois en repos, après avoir eu à la sui te de l'épreuve une purgation, puis quelques carottes et des barbotages. Vers le P"* de janvier, on peut le remettre à un travail doux, en prenant d'abord la précaution de le promener au caveoon sur la
piste en paille si le temps est à la gelée. Dans tous les cas, s'il montre de la gaîté, il faut toujours un peu de travail à la longe avant de remettre Tenfant dessus. Dans les froids secs les chevaux sont toujours plus disposés à jeter la croupe en Tair, et comme c'est le moment où ils peuvent faire le plus de mal à leurs cavaliers ou à eux-mêmes , il y a nécessité de redoubler de précaution. Maintenant il aura deux mois pour se préparer à paraître une fois sur l'hippodrome en mars, et cette période peut être partagée avec avantage en deux préparations, réservant la troisième et dernière pour l'époque de l'épreuve particulière ou de la course. Quel que soit le moment précis de la course de mars, les deux préparations peuvent ètte arrangées de façon que la seconde occupe quatre ou cinq semaines. Le travail devra être à cette époque assez soutenu, et l'allure assez rapide pour que l'haleine devienne libre et la charpente dégagée de sa graisse. Cette disposition laisse généralement pour la préparation les quatre semaines de janvier et peut-être la première semaine de février. Comme à l'ordinaire, cette première préparation est suivie d'une dose de médecine et d'une semaine de repos. Pendant cette préparation, si le temps le pennet, et si le poulain est assez avancé, l'on doit profiter de l'état favorable du terrain pour envoyer le poulain recevoir une ou deux bonnes poussées de trois quarts de mille, et aussi pour le faire suer quand il y aura lieu ; mais comme les suées peuvent très bien se donner sur les pistes factices, il n'y a pas lieu de changer le jour qui a été calculé comme devant être le plus avantageux pour les administrer. C'est tout différent pour les galops, si le poulain est assez avancé, il faut profiter de l'état du terrain dès qu'on le trouve favorable. Il faut bien se souvenir que quand une fois une longue gelée vient à s'établir, elle dure souvent six ou sept semaines, et c'est bien longtemps pour qu'un poulain vigoureux puisse se passer d'une poussée capable d'ouvrir ses tuyaux respiratoires. Il faut pour cela un temps de galop vif et soutenu. Si donc à la veille d'une gelée on laisse échapper une occasion, elle est à jamais perdue et le poulain est en arrière d'autant dans sa préparation. Sous tous les autres rapports, à part une légère augmentation de la quantité de travail, cette préparation est analogue à celle du poulain de deux ans, expUquée au chapitre précédent..
Section IV. — Seconde vréparation.
122. — La médecine ayant été. donnée comme à rordînaîre, et }e poujaiu se trquyanf bien rétabli des suites, il peut maintenant, si le t^mps le permet, être soumis à un travail aussi rude qu'il peut le supporter au jugement de son entraîneur. 4u commencement, ses galops doivent être de trois quarts de millq, dans lesquels i] aura son tour pour être en tête de reprise, à moins qu'il ne fasse des difficultés pour garder cette position. Tous les poulains, quel que soit leur usage, devraient être mis eQ t^t^ |t l'occasion, car ^ans cela ils ne seront jamais capables de gagner un^ course, puisqu'ils ne voudront pas quitter les autres chevaux qifand on leur fera appel pour passer le poteau final. Il faut donc y bien faire attention, et l'un après l'autre ils doivent prepdre la première place. L'on rencontre beaucoup d'exemples d^ chevaux qui ont une grande préférence pour cette place ; en thèse générale, il faut en faire concession dès que le reste de la reprise marche bien dans toutes les positions. Quelquefpis aussi un cheval est si mal à son aise avec les autres, qu'on n,e peut lui faire epiployer ses moyens qu'en le tenant à l'écart et lui faisant faire tout le travail, de promenade, galop çt suée, dans la solitude. Il est vrai qu'un animal ainsi exercé éprouve i^ne double excitation lorsqu'on le présente au poteau, et si cet état irritable pouvait être combattu par une patience ordinaire et une habitude graduelle de la présence des autres, le mieux serait de l'accoutumer par ces moyens. Mais souvent, en dépit de tous les soins et à chaque tentative de guérison, l'irritabilité redouble, et le seul remède est l'entraînement solitaire , et on ne peut plus compter que sur les soins que l'on donnera après la course, pour faire disparaître les mauvais effets qu'elle ne peut manquer de produire. Ce n'est pas tant une irritation d'un seul jour qui bouleverse un poulain que la tracasserie et la sueur journalière que produit sur certains d'entre eux l'entraînement en file, et c'est ce qui oblige à le faire travailler isolément s'il se trouve avoir ce tempéramment difficile. P'pst un malheur et une source de mécomptes, peu de chevaux de cette nature peuvent réussir sur le turf ; mais si l'origine est distinguée pt si les formes sont belles, l'entraîneur aimera à Persévérer jusqu'à ce que le cheval ait essayé ses moyens.
123. — La suite du travail dans cette préparation doit se baser en grande partie sur les principes exposés dans le chapitre précédent, en ajoutant à peu près un quart de mille aux ga-
lops et un mille aux suées, qui peuvent être maintenant de trois mîUes et ne doivent pas être données le matin de trop bonne heure, à cause du froid. Lès mêmes différences de caractère, constitution et santé, se rencontreront aujourd'hui comme chez le cheval de deux ans et demanderont des modifications continuelles dans le régime. Mais, somme toute, ce sont les méthodes décrites au chapitre précédent, basées sur les mêmes principes et ne différant que par le degré d'application. Avant d'atteindre Tâge actuel, le poulain a eu peu d'occasions de s'exercer ailleurs que sur des surfaces parfaitement horizontales ou légèrement ascendantes, comme le sont presque tous les hippodromes d'un demi-mille. Maintenant, il devient essentiel de donner aux poulains des deux sexes quelque habitude de courir sur de légères descentes aussi bien que sur des montées, parce que dans plusieurs |iippodromes, celui d'Epsom, par exemple, il y a beaucoup d'accidents de terrain de ce genre, et, à moins que le poulain n'ait galopé dans ces conditions, il sera certainement alarmé et se ralentira au moment où pareille circonstance amènera infailliblement une défaite. Les galops doivent en conséquence se donner sur un terrain d'exercice posé de la même façon en partie horizontale, plus loin descendant en pente et finissant par une éminence peu sensible, maïs en raison du poids des couvertures, ce n'est pas là qu'il faut donner les suées. On doit prendre de grandes précautions pour n'avoir ni trous ni ornières, etc., sources corifinuelles de distentîons de muscles et de chutes. Il y a même des entraîneurs expérimentés qui disent qu'un cheval ne s'abat jamais que sur un terrain inégal. Il est, du reste, difficile de prouver la vérité ou la feusseté de cette assertion, puisqu' aucun terrain n'est parfaitement uni, et, quand l'accident arrive, on peut toujours, sans risquer d'être contredit, l'attribuer aux inégalités de terrain. Mais comme j'ai souvent vu des chevaux s'abattre sur des portions d'hippodrome où l'on ne pouvait distinguer aucune inégalité particulière, je me trouve fondé à supposer qu'il y a des chutes qui proviennent d'autres causes, et je pense que c'est en raison de la surcharge que les muscles finissent par perdre leur énergie. La dernière suée se donne ordinairement une semaine avant de courir, et il est d'usage delà donner assez rude ; mais ici comme en bien d'autres cas, c'est au discernement de l'entraîneur à fixer la quantité. Toutefois, en général, l'âge que le poulain vient d'acquérir donne un
peu plus de latitude, et il n*y a pas lieu d'observer les précautions extrêmes qui sont de rigueur à Tégard de Tanimal de deux ans mûri d'une façon précoce. Les galops doivent être vigoureux durant la dernière semaine, et, le deuxième jour avant la course, il faut en donner un à fond de train, de façon à ouvrir les conduits respiratoires du poulain et à le faire bien souffler, mais sans le mettre en détresse. Si en quelques minutes il est bien remis et se trouve ensuite gai, Tœil brillant et sans apparence de fatigue. Ton peut conjecturer, d'accord avec les autrea symptômes de condition^ que tout va bien. La course pourra être fournie impunément et disputée avec toute la vigueur et le fonds que peut posséder un poulain avant d'avoir subi une plus longue préparation vers la fin du printemps.
Section V> — Les Epreuves.
124. — Une quinzaine de jours ou même seulement dix jours avant la course, ordinairement le jour avant la dernière suée, Ton peut faire en particulier un essai de tous les chevaux de , trois ans suffisamment préparés. Parmi eux se trouve ordinairement un cheval qui a couru en automne et peut devenir cheval d'épreuve. Il doit avoir donné la mesure de un ou plusieurs compétiteurs redoutés ou de quelque autre coursier dont la valeur relativement à ce rival futur est déjà connue. Tous les poulains préparés au même degré s'essayent sur une coui'se d'un mille ou au plus un mille et un quart ; c'est tout ce que leur degré d'entraînement permet maintenant, et l'on base sur les résultats l'estimation de leurs quahtés. Cette épreuve pourra probablement avoir heu au commencement de mars, si le temps n'est pas trop mauvais; mais comme il y a peu de courses d'importance pour les chevaux de trois ans avant le mois d'avril, ce n'est que dans des poules d'essai ou dans des handicaps de mars que l'on peut tirer parti de ces poulains précoces. A cet effet, il faut se procurer un cheval d'épreuve bien connu ayant couru sous un certain poids dans un ou plusieurs handicaps, et pour essayer un poulain il faut faire porter au cheval-type la charge qui lui serait imposée s'il était engagé dans la course à laquelle les poulains sont destinés. Il faut même qu'il rende un peu plus de poids aux jeunes animaux, parce qu'en raison de l'entraînement encore imparfait il faudra les essayer sur une moindre distance que celle de l'hippodrome. Or, l'on sait qu'il faut plus de surcharge pour
amener des ctevaux ensemble dans une petite course que dans une longue ; il devient donc nécessaire de donner au chevaltype un peu plus de poids qu'on ne lui en imposerait sur le terrain de courses. Nous allons en rester sur ces observations, parce que la préparation finale pour les autres courses de chevaux de trois ans ne diffère en rien de celle décrite au chapitre VI. Seulement, les suées sont ordinairement limitées à trois milles ou trois milles et demi, et les galops à un peu plus de la distance de Thippodrome, qui varie de un mille à un mille et demi, et dans quelques handicaps jusqu'à deux milles et au delà.
125. — Accidents. — Dans le cours de ces préparations il arrivera des accidents sans fin, des distensions, des chutes, des courbes, des coups, etc., etc., des tares dans les membres, comme les éparvins, des maladies de tout Torganisme, oomme les refroidissements, les gourmes, etc. Nous en parlerons dans le chapitre Maladies générales du cheval^ et on peut les traiter d'après les méthodes que nous y exposerions. Voyez le même article pour les observations plus détaillées sur le boire et le
manger.